‹ Œuvres de Malebranche (volume 2)Chapitre 182 sur 415 · IH · texte numérisé non relu

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ainsi expliquer des choses qu'on n'entend point par des choses que non-seulement on ne conçoit pas, mais qu'il n'est pas même possible de concevoir. C'est faire de même que des aveugles qui, voulant parler entre eux des couleurs et en soutenir des thèses, se serviraient pour cela des définitions que les philosophes leur donnent, desquelles ils tireraient plusieurs conclusions. Car comme ces aveugles ne pourraient faire que des raisonnements plaisants et ridicules sur les couleurs, parce qu'ils n'en auraient pas des idées distinctes, et qu'ils en voudraient raisonner sur des idées générales et de logique; ainsi les philosophes ne peuvent pas faire des raisonnements solides sur les effets de la nature lorsqu'ils ne se servent pour cela que des idées générales et de logique d'acte, de puissance, d'être, de cause, de principe, de forme, de qualité et d'autres semblables. 11 est absolument nécessaire qu'ils ne s'appuient que sur les idées distinctes ou particulières de la pensée et de retendue, et de celles qu'elles renferment ou bien que l'on en peut déduire. Car on ne doit point s'attendre de connaître la nature sans la considération des idées distinctes qu'on en a; il vaut mieux ne point méditer que de méditer sur des chimères.

On ne doit pas toutefois assurer qu'il n'y ait que des espritseldes corps, des êtres quipensentetdesôtresétcndus, parce qu'on s'y peut tromper. Carquoiqu'ilssuffisent pour expliquer la nature, et par conséquent que l'on puisse conclure, sans crainte de se tromper, que les choses naturelles dont nous avons quelque connaissance dépendent de l'étendue et de la pensée; cependant il se peut absolument faire qu'il y en ait quelques autres dont nous n'ayons aucune idée et dont nous ne voyions aucuns effets.

Les hommes font donc un jugement précipité, quand

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