LIVRE TROISIEME
découvrir les changements qui y arrivent, et il est rare qu'il s'y en fasse d'assez grands pour être vus d'ici-bas. Cela a suffi à une infinité de personnes pour croire qu'ils étaient en effet incorruptibles. Ce qui les a encore confirmés dans leur opinion, c'est qu'ils attribuent à la contrariété des qualités la corruption qui arrive aux corps sublunaires. Car, comme ils n'ont jamais été dans les cieux pour voir ce qui s'y passe, ils n'ont point eu d'expérience que cette contrariété de qualités s'y rencontrât ; ce qui les a portés à croire qu'effectivement elle ne s'y rencontre point. Ainsi ils ont conclu que les cieux étaient exempts de corruption, par cette raison que ce qui corrompt, selon leur, sentiment, tous les corps d'ici-bas ne se trouve point làhaut.
Il est visible que ce raisonnement n'a aucune solidité, car on ne voit point pourquoi il ne se peut pas trouver quelque autre cause de corruption que cette contrariété de qualités qu'ils imaginent, ni sur quel fondement ils peuvent assurer qu'il n'y a ni chaleur, ni froideur, ni sécheresse, ni humidité dans les cieux, que le soleil n'est pas chaud et que Saturne n'est pas froid.
Il y a quelque apparence de raison de dire que des pierres fort dures, du verre et d'autres corps de cette nature ne se corrompent pas, puisqu'on voit qu'ils subsistent longtemps en même état et que Ton en est assez proche pour voir les changements qui leur arriveraient. Mais étant aussi éloignés des cieux que nous en sommes, il est tout à fait contre la raison de conclure qu'ils ne se corrompent pas, à cause que l'on n'y sent pas de qualités contraires et qu'on ne voit pas qu'ils se corrompent. Cependant on ne dit pas seulement qu'ils ne se corrompent pas, on dit absolument qu'ils sont inaltérables et incorruptibles, et peu s'en faut que quelques péripatéticiens ne disent que les corps cé-