LIVRE QUATftlÀMË
pris des sentiments d'âversioo et de mépris contre luiy à cause des injures qu'ils ont lues dans des livres composés par l'ennemi de sa personne et de sa religion.
Le livre de cet hérétique, qui n pour titre Desperata causa papaiuSf fait assez voir son impudence, son ignorance, son emportement et le désir qu'il a de paraître zélé pour acquérir par ce moyen quelque réputation parmi les siens. Ainsi ce n'est pas un homme qu'on doive croire sur sa parole. Car de môme qu'on ne doit pas croire toutes -les fables qu'il a ramassées dans ce livre contre notre religiop, l'on ne doit pas aussi croire sur sa parole les accusations alroces et injurieuses qu'il a inventées contre son ennemi. '
Il ne faut donc pas que des hommes raisonnables se laissent persuader que M. Descartes est un homme dangereux, parce qu'ils l'ont lu dans quelque livre, ou bien parce qu'ils l'ont ouï dire à quelques personnes dont ils respectent la piété. Il n'est pas permis de croire les hommes sur leur parole lorsqu'ils accusent les autres des plus grands crimes. Ce n'est pas une preuve suffisante pour croire une chose que de l'entendre dire par un homme qui parle avec zèle et avec gravité ; car enfin ne peut-on jamais dire des faussetés et des sottises de la même manière qu'on dit de bonnes choses, principalement si on s'en est laissé persuader par simplicité et par faiblesse?
Il est facile de s'instruire de la vérité ou de la fausseté des accusations que l'on forme contre M. Descartes ; ses écrits sont faciles à trouver et fort aisés à comprendre lorsqu'on est capable d'attention. Qu'on lise donc ses ouvrages, afin que l'on puisse avoir d'autres preuves contre lui qu'un simple ouï-dire; ei j'espère qu'après qu'on les aura lus et qu'on les aura bien médités, on ne l'accusera plus d'athéisme, et que l'on aura au
5i RECHERCHE DE LA VÉRITÉ.
contraire toat le respect qu'on doit avoir pour un homme qui a démontré d'une manière très-simple et très-évidente, non-seulement l'existence d'un Dieu et l'immortalité de l'Âme, mais aussi une infinité d'autres vérités qui avaient été inconnues jusqu'à son temps.