LIVRE QUATRiiMB
Ils se servent des apparences de vérités saintes et révérées de tout le monde, pour s opposer par des intérêts particuliers à des vérités peu connues et peu estimées. Ils combattent la vérité par l'image de la vérilé; et, se moquant quelquefois dans leur cœur de ce que tout le monde respecte, ils ^'établissent dans l'esprit des hommes une réputation d'autant plus solide et plus à craindre, que la chose dont ils ont abusé est plus sainte.
Ces personnes sont donc les plus forts, les plus puissants et les plus redoutables ennemis de la vérilé. Il est vrai qu'ils sont assez rares, mais il en faut peu pour faire beaucoup de mal. L'apparence delà vérité et de la vertu fait souvent plus de mal que la vérité et la vertu ne fotit de bien : car il ne faut qu'un hypocrite adroit pour renverser ce que plusieurs personnes vraiment sages et vertueuses ont édifié avec beaucoup de peines et de travaux.
lY. M. Descartes, par exemple, a prouvé démonstrativement l'existence d'un Dieu, l'immortalité de nos âmes, plusieurs autres questions métaphysiques^ un très-grand nombre de questions de physique, et notre siècle lui a des obligations infinies pour les vérités qu'il nous a découvertes. Voici cependant qu'il s'élève un petit homme» ardent et véhément déclamateur, respecté des peuples à cause du zèle qu'il fait paraître pour leur religion ; il compose des livres pleins d'injures contre loi, et il l'accuse des plus grands crimes. Descartes est un catholique; il a étudié sous les PP. Jésuites, il a souvent parlé d'eux avec estime. Gela suffit à cet esprit malin pour persuader à des peuples ennemis de notre religion, et faciles à exciter sur des choses aussi délicates que sont celles de la religion, que c'est un émissaire des Jésuites, et qui a de dangereux desseins, parce que les moindres apparences de vérité sur
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des matières de foi ont plus de force sur les esprits que les vérités réelles et effectives des choses de physique ou de métaphysique, desquelles on se met fort peu en peine. M. Descartes a écrit de l'existence de Dieu. C'en est assez à ce calomniateur pour exercer son faux zèle et pour opprimer toutes les vérités que défend son ennemi. 11 Taccuse d'être un athée, et môme d'enseigner finement et secrètement l'athéisme, ainsi que cet infâme athée nommé Vanint, qui fut brûlé à Toulouse, lequel couvrait sa malice et son impiété en écrivant pour l'existence d'un Dieu ; car une des raisons qu'il apporte que son ennemi est un athée, c'est qu'il écri • vait contre les athées, comme faisait Vanini, qui pour couvrir son impiété écrivait contre les athées.
C'est ainsi qu'on opprime la vérité lorsqu'on est soutenu par les apparences de la vérité, et que l'on s'est acquis beaucoup* d'autorité sur les esprits faibles. La vérité aime la douceur et la paix, et, toute forte qu'elle est, elle cède quelquefois à l'orgueil et à la fierté du mensonge qui «se parc cl qui s'arme de ses apparences. Elle sait bien que Terreur ne peut rîen contre elle ; et si elle demeure quelque temps comme proscrite et dans l'obscurité, ce n'est que pour attendre des occasions plus favorables de se montrer au jour; car enfin elle paraît presque toujours plus forte et plus éclatante que jamais dans le lieu même de son oppres^ sion.
On n'est pas surpris qu'un ennemi de M. Descartes» qu'un homme d'une religion différente de la sienne, qu'un ambitieux qui ne songe qu'à s'élever sur les ruines des personnes qui sont au-dessus de lui, qu'un déclamateur sans jugement, que Voet parle avec mépris de cequ'il n'entend pas et qu'il ne veut pas entendre. Mais on a raison de s'étonner que des gens qui ne sont ennemis ni de M. Descartes ni de sa religion aient