‹ Œuvres de Malebranche (volume 2)Chapitre 264 sur 415 · LIVRE GINQUIÈHE · texte numérisé non relu

LIVRE GINQUIÈHE

sa sagesse n'ayant point de bornes, ses ouvrages n'auront point de fin.

La volonté de Dieu qui fait l'ordre de la grâce est donc ajoutée à la volonté qui fait l'ordre de la nature pour la réparer et non pas pour la changer. 11 n'y a dans Dieu que ces deux volontés générales, et tout ce qu'il y a dans la terre de réglé dépend de l'une ou de l'autre de ces volontés. On reconnaîtra dans la suite que les passions sont très-réglées, si on ne les considère que par rapport à la conservation du corps, quoiqu'elles nous trompent dans certaines rencontres rares et particulières, auxquelles la cause universelle n'a pas voulu remédier. Il faut donc conclure que les passions sont de l'ordre de la nature, puisqu'elles ne peuvent être de l'ordre de la grâce.

Il est vrai que si Ton considère que le péché du premier homme a changé l'union de l'âme et du corps en dépendance, et qu'il nous a privés du secours d'un Dieu toujours présent et toujours prêt à nous défendre, on peut dire que c'est le péché qui est la cause dé l'attachement que nous avons aux choses sensibles, parce que le péché nous a détachés de Dieu, par lequel seul nous pouvons nous délivrer de leur servitude.

Mais sans nous arrêter davantage à la recherche de la première cause des passions, examinons leur étendue, leur nature, leurs causes, leur fin, leur usage, leurs défauts et tout ce qu'elles renferment.

Page 1