CHAPITRE II
Do l'union de l'esprit avec les objets sensibles^ ou do la force et de
rétendue dos passions en général.
Si tous ceux qui lisent cet ouvrage voulaient prendre la peine de faire quelques réflexions sur ce qu'ils sentent dans eux-mêmes, il ne serait pas nécessaire de s'arrêter ici à faire voir la dépendance où nous sommes de tous les objets sensibles. Je ne puis rien dire sur cette matière que tout le monde ne sache aussi bien que moi, pourvu qu'on y veuille penser. C'est pourquoi j'aurais grand'envie de n'en rien dire. Mais parce que l'expérience m'apprend que les hommes s'oublient souvent si fort eux-mêmes, qu'ils ne pensent pas seulement à ce qu'ils sentent, et qu'ils ne recherchent point les raisons de ce qui se passe dans leur esprit, je crois que je dois dire ici certaines choses qui peuvent les aider à j faire réflexion. J'espère même que ceux qui savent ces choses ne seront pas lâchés de les lire, car encore qu'on ne prenne point de plaisir à entendre parler simplement de ce que l'on sait, on prend toujours quelque plaisir d'entendre parler de ce que Ton sait et de ce que l'on sent tout ensemble.
La secte la plus honorable des philosophes et celle dont bien des gens font encore gloire d'embrasser les sentiments, nous vent faire croire qu'il ne tient qu'à nous d'être heureux. Les stoïciens nous disent sans cesse