‹ Œuvres de Malebranche (volume 2)Chapitre 272 sur 415 · LIVRE GTMQUIÊVe · texte numérisé non relu

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poser un autre dont les sens et l'imagination n'aient point ou presque point de part à sa connaissance.

La seconde chose que Ton peut considérer dans la passion de cet homme est une augmentation du mou^ vement de sa volonté vers le bjen dont son ennemi réel ou imaginaire lui veut empêcher la possession ; et cette augmentation est d'autant plus grande que l'opposition qu'on lui veut faire lui paraît plus forte. Il ne hait d'abord son ennemi que parce qu'il aime le bien ; et sa haine est d'autant plus grande que son amour est plus fort, parce que le mouvement de sa volonté dans sa haine n'est en effet ici qu'un mouvement d'amour, le mouvement de Tâme vers le bien n'étant pas différent de celui par lequel on en fuit la privation, comme l'on a déjà dit.

La troisième chose est le sentiment convenable à la passion; et, dans celle-ci, c'est un sentiment de haine. Le mouvement de la haine est le même que celui de l'amour; mais le sentiment de la haine est tout différent de celui de l'amour» ce que chacun peut savoir par sa propre expérience. Les mouvements sont des actions de la volonté; les sentiments sont des modifications de l'esprit. Les mouvements de la volonté sont les causes naturelles des sentiments de l'esprit, et ces sentiments de l'esprit entretiennent à leur tour les mouvements de la volonté dans leur détermination. Le sentiment de haine est en cet homme une suite naturelle du mouvement de sa volonté qui s'est excité à la vue du mal, et ce mouvement est ensuite entretenu parle sentiment dont il est cause.

Ce que nous venons de dire de cet homme lui pour* rait arriver quand même il n'aurait point de corps; mais, parce qu'il est composé de deux parties naturellement unies, les mouvements de son esprit se communiquent à son corps, et ceux de son corps à*

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son esprit. Ainsi la nouvelle détermination du mouvement de sa volonté produit naturellement une nouvelle détermination dans le mouvement des esprits animaux, laquelle est toujours différente dans toutes les passions, quoique le mouvement de V^me soit presque toujours le môme.

Les esprits sont donc poussés avec force dans les bras, les jambes et le visage, pour donner au corps la disposition nécessaire à la passion et pour répandre sur le visage l'air que doit avoir un homme que Ton offense, par rapport à toutes les circonstances de l'injure qu'il reçoit, et à la qualité ou à la force de celui qui la fait et de celui qui la souffre; et cet épanchement des esprits est d'autant plus fort, plus abondant et plus prompt, que le bien est plus grand, que l'opposition est plus forte, et que le cerveau en est plus vivement frappé.

Si donc la personne de laquelle nous parlons ne reçoit que par imagination quelque injure, ou s'il en reçoit une réelle, mais légère et qui ne fasse point d'ébranlement considérable dans son cerveau, l'épanchément des esprits animaux sera faible et languissant, et il ne sera peut-être pas assez grand pour changer la disposition du corps ordinaire et naturelle. Mais si l'injure est atroce et que l'imagination soit échauffée, il se fera un grand ébranlement dans son cerveaa, et les esprits se répandront avec tant de force qu'ils formeront en un moment sur son visage et sur son corps l'air et la contenance de la passion qui le domine. S'il est assez fort pour vaincre, son air sera menaçant et fier ; s'il est faible et qu'il ne puisse résister au mal qui va l'accabler, son air sera humble et soumis : ses gémissements et ses pleurs excitant naturellement dans les assistants, et même dans son ennemi, des mouvements *de compassion, ils en tireront le secours qu'il ne pou-

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