‹ Œuvres de Malebranche (volume 2)Chapitre 337 sur 415 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

De la règle générale qui regarde le sujet de nos études. Qae les philosophes de l'école ne l'observent point ; ce qui est cause de plusieurs erreurs dans la physique.

La première de ces règles^ et celle qui regarde le sujet de nos études, nous apprend que nous ne devons raisonner que sur des idées claires. De là on doit tirer cette conséquence que, pour étudier par ordre, il faut commencer par les choses les plus simples et les plus faciles à comprendre, et s'y arrêter même longtemps avant que d'entreprendre la recherche des plus composées et des plus difficiles.

Tout le monde tombera facilement d'accord de la nécessité de cette règle générale, car on voit assez que c'est marcher dans les ténèbres que de raisonner sur des idées obscures et sur des principes incertains. Mais on s'étonnera peut-être si je dis qu'on ne l'observe presque jamais^ et que la plupart des sciences qui sont encore à présent le sujet de l'orgueil de quelques faux savantS) ne sont appuyées que sur des idées ou trop confuses ou trop générales pour être utiles à la rechei^ che de la vérité.

Aristote, qui mérite avec justice la qualité de prince de ces philosophes dont je parle> parce qu'il est le père de cette philosophie qu'ils cultivent avec tant de soin, ne raisonne presque jamais que sur les idées confuses que l'on reçoit par les sens, et que sur d'autres idées vagues, générales et indéterminées, qui ne représen-

Page 1