CHAPITRE
De Terreur la plus dangereuse de la philosophie^ des anciens.
Non-seulement les philosophes disent ce qu'ils ne conçoivent point, lorsqu'ils expliquent les effets de la nature par de certains êtres dont ils n'ont aucune idée particulière; ils fournissent môme un principe dont on peut tirer directement des conséquences très-fausses et très-dangereuses.
Car si on suppose, selon leur sentiment, qu'il y a dans les corps quelques entités distinguées de la matière;n'ayantpoint d'idée distinctede ces entités, on peut facilement s'imaginer qu'elles sont les véritables ou les principales causes des effets que l'on voit arriver. C'est même le sentiment commun des philosophes ordinaires; car c'est principalement pour expliquer ces effets qu'ils pensent qu'il y a des formes substantielles, des qualités réelles et d'autres semblables entités. Que si Ton vient ensuite à considérer attentivement l'idée que l'on a de cause ou de puissance d'agir, on ne peut douter que cette idée ne représente quelque chose de divin. Car ridée d'une puissance souveraine est l'idée de la souveraine divinité; et l'idée d'une puissance subalterne est l'idée d'une divinité inférieure, mais d'une véritable divinité, au moins selon la pensée des païens, supposé que ce soit l'idée d'une puissance ou d'une cause véritable. Ou admet donc quelque chose de divin dans tous