‹ Œuvres de Malebranche (volume 2)Chapitre 358 sur 415 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

faites que lorsqu'elles sont finies. Donc le mouvement circulaire est le premier et le plus parfait des mouvements. Donc le corps qui se meut circulairement est simple, et le premier et le plus divin des corps simples. Voici sa quatrième raison.

Tout mouvement est naturel ou ne l'est pas, et tout mouvement qui n'est point naturel à quelques corps est naturel à quelques autres. Nous voyons que les mou* vements de haut en bas et de bas en haut qui ne sont point naturels à quelque corps, sont naturels à d'autres, car le feu ne descend point naturellement, mais la terre descend naturellement. Or le mouvement circulaire n'est point naturel aux quatre éléments, il faut donc quUl y ait un corps simple auquel ce mouvement soit naturel. Donc le ciel qui se meut circulairement est un corps simple distingué des quatre éléments.

Enfin le mouvement circulaire est naturel ou violent à quelque corps. S'il est naturel, il est évident que ce corps doit être des simples et des plus parfaits. S'il n'est point naturel, il est bien étrange que ce mouvement dure toujours, puisque nous voyons que tous les mouvements qui ne sont point naturels ne durent que fort peu de temps. Il faut donc croire après toutes ces raisons qu'il y a quelque autre corps séparé de tous ceux qui nous environnent qui est d'une nature d'autant plus parfaite qu'il est plus éloigné de nous. Yoilà comme raisonne Aristote. Mais je défie le plus intelligent de ses interprètes d'attacher des idées distinctes aux termes dont il se sert, et de faire voir que ce philosophe commence parles choses les plus simples avant que de parler des plus composées, ce qui est absolument nécessaire pour raisonner juste, comme je viens de le prouver.

Si je ne craignais point d'être ennuyeux, je traduirais encore quelques chapitres d'Aristote. Mais outre qu'on

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ne prend guère de plaisir à lire en français (c'est-à-dire lorsqu'on l'entend) j'ai fait assez voir, par le peu que j'en ai exposé, que sa manière de philosopher est entièrement inutile pour découvrir la vérité. Car puisqu'il dit lui-même, dans le cinquième chapitre de ce livre, que ceux qui se trompent d'abord en quelque chose se trompent dix mille fois davantage s'ils avaneent beaucoup, étant visible qu'il ne sait ce qu'il dît dans les deux premiers chapitres de son livre, on doit croire qu'il n'est pas sûr de se rendre à son autorité sans examiner ses raisons. Mais aQn qu'on en soit encore plus persuadé, je vais faire voir qu'il n'y a point de chapitre dans ce premier livre où il n'y ait quelque impertinence.

Dans le troisième chapitre, il dit que les cieux sont incorruptibles et incapables d'aucune altération; il en apporte plusieurs preuves assez badines, comme que c'est la demeure des dieux immortels, et que l'on n'y a jamais remarqué de changement. La dernière de ces preuves serait assez bonne s'il disait que quelqu'un en fût revenu, ou qu'il eût été assez proche des corps célestes pour en remarquer les changements. Mais je ne ■sais môme si présentement on se rendrait à son autorité à cause que les lunettes d'approche nous apprennent le contraire.

Il prétend prouver, dans le quatrième chapitre, que le mouvement circulaire n'a point de contraire. Néanmoins, il est manifeste que le mouvement d'orienten occident est contraire à celui qui se fait d'occident en orient.

Dans le cinquième chapitre il prouve mal que les

.corps ne sont point infinis, parce qu'il tire sa preuve

des mouvements des corps simples. Car qui empêche

;qu'au-dessus de son premier mobile il n'y ait encore

.quelque étendue qui soit sans mouvement?

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