‹ Œuvres de Malebranche (volume 2)Chapitre 389 sur 415 · LIVRE SÙlillE · texte numérisé non relu

LIVRE SÙlillE

On pourrait bien reconnaître que la cause de la fermentation est le mouvement d'une matière invisible qui se communique aux parties de celle qui s'agite; car on sait assez que le feu et les différentes fermentations des corps consistent dans leur agitation, et que, par les lois de la nature, les corps ne reçoivent immédiatement leur mouvement que par la rencontre de quelques autres plus agités. Ainsi on pourrait découvrir qu'il y a une matiè/e invisible dont l'agitation se communique par la fermentation aux corps visibles. Mais il serait moralement impossible, par la voie des suppositions, de découvrir comment cela se fait; et il n'est pas de beaucoup si difficile de le découvrir lorsqu'on examine la formation des éléments ou des corps, dont il y a un plus grand nombre de même nature, comme on le peut voir en partie par le système de M. Descartes.

La troisième partie de la question, qui est des mouvements convulsifs, ne sera pas extrêmement difûcile à résoudre, pourvu que l'on suppose qu'il y a dans le corps des esprits animaux capables de quelque fermentation et des humeurs assez pénétrantes pour s'insinuer dans les pores des nerfs par où les esprits se répandent dans les muscles, pourvu aussi que l'on ne prétende point déterminer quelle est la véritable disposition des parties invisibles qui contribuent à ces mouvements convulsifs.

Lorsque Ton a séparé un muscle du reste du corps, et qu'on le tient par les extrémités, on voit sensiblement qu'il fait effort pour se raccourcir lorsqu'on le pique par le ventre. Il y a de l'apparence que ceci dépend de la construction des parties imperceptibles qui le composent, lesquelles, comme autant de ressorts, sont déterminées à de certains mouvements par celui de la piqûre. Mais qui pourrait s'assurer d'avoir trouvé la véritable disposition des parties qui servent à pro-

duire ce mouvement, et qui pourrait en donner une démonstration incontestable? Certainement cela paraît impossible, quoique peut-être, à force d'y penser. Ton puisse imaginer une construction de muscles propres ù faire tous les mouvements dont nous les voyous capables. Il ne faut donc point penser à déterminer quelle est la véritable construction des muscles. Mais. parce qu'on ne peut raisonnablement douter qu'il n'y ait des esprits susceptibles de quelque fermentation par le mélange de quelque matière subtile, et que les humeurs acres et piquantes ne puissent s'insinuer dans les nerfs, on peut le supposer.

Pour résoudre la question proposée, il faut donc examiner d'abord combien il y a de sortes de mouvements convulsifs ; et, parce que le nombre en parait indéfini, il faut s'arrêter aux principaux, dont les causes semblent être différentes. 11 faut considérer les parties dans lesquelles ils se font, les maladies qui les précèdent et qui les suivent; s'ils se font avec douleur ou sans douleur ; et, sur toutes choses, quelle est leur promptitade et leur violence; car il y en a qui se font avec promptitude et violence, d'autres avec promptitude sans violence, et d'autres avec violence sans promptitude, et d'autres enfin sansviolence et sans promptitude; il y en a qui finissent et qui recommencent sans cesse; il y en a qui tiennent les parties roides et sans mouvement pour quelque temps, et il y en a qui en ôtent entièrement l'usage et qui les défigurent.

Toutes ces choses considérées, il n'est pas difficile d'expliquer en général comment ces mouvements convulsifs se peuvent faire après ce qu'on vient de dire des mouvements naturels et des mouvements volontaires ; car si l'on conçoit qu'il se mêle avec les esprits qui sont contenus dans un muscle quelque matière capable de les fermenter, ce muscle s'enflera et pro-

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