‹ Œuvres de Malebranche (volume 2)Chapitre 400 sur 415 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

repos pour unir les parties qui composent le clou, la barre de fer étaat cenl mille fois plus grosse que le clou, devrait, selon la cinquième règle de M. Descartes et selon la raison, communiquer quelque peu de son mouvement à la partie du clou qu'elle choquerait, c'est-à-dire le rompre et passer outre, quand même cette barre glisserait par un mouvement très-lent. Ainsi, il faut chercher une autre cause que le repos des parties pour rendre les corps durs ou capables de résister à l'effort que l'on fait, lorsqu'on les veut rompre, puisque le repos n'a point de force pour résister au mouvement, et je crois que ces expériences sufBsent pour faire connaître que les preuves abstraites que nous avons apportées ne sont point fausses.

Il faut donc examiner la troisième chose que nous avons dite auparavant pouvoir être la cause de l'union étroite qui se trouve entre les parties des corps durs^ savoir, une matière invisible qui les environne, laquelle étant extrêmement agitée, pousse avec beaucoup de violence les parties extérieures et intérieures de ces corps, et les comprime ainsi de telle sorte, que pour les séparer il faut avoir plus de force que n'en a celte matière invisible, laquelle est extrêmement agitée.

II semble que je puis conclure que l'union des parties dont les corps durs sont composés, dépend de la malière subtile qui les environne et qui les comprime, puisque les deux autres choses que l'on peut penser être les causes de cette union, ne le sont véritablement point, comme nous venons de voir. Car, puisque je trouve de la résistance à rompre un morceau de fer, et que cette résistance ne vient point du fer ni de la volonté de Dieu, comme je crois l'avoir prouvé, il faut nécessairement qu'elle vienne de quelque matière invisible, qui ne peut être autre que celle qui l'environne

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immédialement et qui le comprime. J'explique et je prouve ce sentiment^ .

Lorsqu'on prend une boule de quelque métal, creuse au dedans et coupée en deux hémisphères, que Ton joint ces deux hémisphères en collant une petite bande de cire à l'endroit de leur union, et que l'on ea tire l'air; l'expérience apprend que ces deux hémisphères se joignent l'une à Tautre de telle sorte que plusieurs chevaux, que Ton y attelle par le moyen de quelques boucles, les uns d'un côté les autres de l'autre, oe peuvent les séparer, supposé que les hémisphères soieut grandes à proportion du nombre des chevaux. Cependant, si l'on y laisse rentrer l'air, une seule personne les sépare sans aucune diflicuité. Il est facile de conclure de cette expérience que ce qui unissait si fortement ces deux hémisphères l'une avec l'autre, ven^tde ce qu'étant comprimées à leur surface extérieure et convexe par l'air qui les environnait, elles ne Tétaient point en même temps dans leur surface concave et intérieure. De sorte que l'action des chevaux qui tiraient les deux hémisphères de deux côlés, ne pouvait pas vaincre TefTort d'une inûnité de petites parties d'âir qui leur résistaient en pressant ces deux hémisphères. Mais la moindre force est capable de les séparer, lors* que l'air étant rentré dans la sphère de cuivre, pousse les surfaces concaves et intérieures, autant que 1 air de dehors presse les surfaces extérieures et convexes.

Que si au contraire on prend une vessie de carpe et qu'on la mette dans un vase dont on tire Tair, celte vessie étant pleine d'air crève et se rompt, parce qu'alors il n'y a point d'air au dehors de la vessie qui résiste à celui qui est dedans. C'est encore pour cela que deux

* Voyez les Expériences de Magdebourg, d'Otton, de Gnericke, liv. 3.

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