LIVRE SIXIÈME
vanlage. Mais il y a dans l'homme tant de choses qui le dégoûtent de l'application, qui le portent à des consentements trop précipités et qui le rendent sujet à l'erreur, qu'encore que l'esprit demeure apparemment satisfait, il n'est pas toujours bien informé de la vérité. M. Descartes était homme comme nous; on ne vit jamais plus de solidité, plus de justesse, plus d'étendue et plus de pénétration d'esprit que celle qui paraît dans ses ouvrages, je l'avoue, mais il n'était pas infaillible. Ainsi, il y a apparence qu'il est demeuré si fort persuadé de son sentiment, qu'il n'a pas fait réflexion qu'il assurait quelque chose dans la suite de ses Principes qui y était contraire. Il l'avait appuyé sur des raisons très-spécieuses et très-vraisemblables, mais telles cependant qu'il n'était point comme forcé par elles de s'y rendre. Il pouvait encore suspendre son jugement, et par conséquent il le devait. Il ne suffirait pas d'examiner dans un corps dur ce qui peut y être qui le rende tel, il devait aussi penser aux corps invisibles qui peuvent le rendre dur, comme il y a pensé à la fin de ses Principes de philosophie, lorsqu'il leur attribue la cause du ressort ; il devait faire une division exacte et qui comprit tout ce qui pouvait contribuer à la dureté des corps. Il ne suffisait pas encore d'en chercher la cause dans la volonté de Dieu ; il fallut aussi penser à la matière subtile qui les environne. Car quoique l'existence de cette matière extrêmement agitée ne fût pas encore prouvée dans l'endroit de ses Principes^ où il parle de la dureté, elle n'était pas aussi rejetée : il devait donc suspendre son jugement et se bien ressouvenir que ce qu'il écrivait de la cause de la dureté des règles du mouvement, devait être revu tout de nouveau, ce que je crois qu'il n'a pas fait avec assez de soin. Ou bien il n'a pas assez considéré la véritable raison d'une chose qu'il est très-facile de reconnaître, et qui cependant