‹ Œuvres de Malebranche (volume 2)Chapitre 404 sur 415 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

celte pensée qu'on ne pouvait donner les règles de la différente communication des mouvements que par la proportion qui se trouve entre les différentes grandeurs des corps qui se choquent, puisqu'il n'est pas possible de pénétrer les desseins et la volonté de Dieu ; et parce qu'il a jugé que chaque chose avait d ela force pour demeurer dans l'état où elle était, soit qu'elle fût en mouvement, soit qu'elle fût en repos, à cause que Dieu, dont la volonté fait cette force, agit toujours de la même manière, il a conclu que le repos avait autant de force que le mouvement ; ainsi, il a mesuré les effets de la force du repos par la grandeur du corps en repos, comme ceux de la force du mouvement, ce qui lui a fait donner les règles de la communication du mouvement qui sont dans ses Principes, et la cause de la dureté des corps que j'ai tâché de réfuter.

Il est assez diflicile de ne se point rendre à Topinion de M. Descartes, quand on l'envisage du même côté que lui ; car, encore une fois, puisque la communication des mouvements ne vient que de la volonté de l'auteur de la nature, et que nous voyons que tous les corps demeurent dans l'état où ils ont été une fois mis, soit en mouvement, soit en repos, il semble que nous devions chercher les règles de la différente communication des mouvements à la rencontre des corps, non dans la volonté de Dieu qui nous est inconnue, mais dans la proportion qui se trouve entre les grandeurs de ces corps.

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quatrième partie, il attribue la force qu'ont certains corps pour se redresser à cette matière subtile, et que dans les articles 55 et 43 de la deuxième partie et ailleurs, il ne lui attribue pas leur dureté, ou la résistance qu'ils font lorsqu'on tâche de les ployer et de les rompre, mais seulement au repos de leurs parties. ïl me paraît évident que la cause qui redresse et qui rend roides certains corps, est la même que celle qui leur donne la force de résister lorsqu'on les veut rontipre. car enfln la force qu'on emploie pour rompre de l'acier ne diffère qu'insensiblement de celle par laquelle on \e ploie.

Je ne veux point apporter ici beaucoup de raisons que l'on peut dire pour prouver ces choses, ni répondre â quelques difficultés qu'on pourrait former sur ce qu'il y a des corps durs qui ne font point sensiblement resisort, et que l'on a cependant quelques difficultés à ployer ; car il suffît, pour faire évanouir ces difficultés, de considérer que la matière subtile ne peut pas facilement se faire des chemins nouveaux dans les corps qui se rompent lorsqu'on les ploie, comme dans le verre et dans Tacier trempé, et qu'elle le peut pius facilement dans les corps qui sont composés de parties branchues et qui ne sont point cassants, comme dans l'or et dans le plomb, et qu'enfin il n'y a aucun corps dur qui ne fasse quelque peu de ressort.

Il est assez difficile de se persuader que M. Descartes ail cru positivement que la cause de la dureté fôt différente de celle qui fait le ressort ; et ce qui parait plus vraisemblable, c'est qu'il n'a pas fait assez de réflexion sur cette matière. Quand on a médité longtemps sur quelque sujet et que Ton s'est satisfait sur les choses que l'on voulait savoir, souvent on n'y pense plus. On croit que les pensées que l'on en a eues sont des vérités incontestables qu'il est inutile d'examiner da-

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