CHAPITRE XI
l<^De Verpeur oi'i Ton tombe touchant l'action des objets contre les fibres eitéricorcs de nos sens. — Il.^Causc de cette erreur. — " Ilff. Objection et réponse.
On traitera dans ce chapitre et dans les trois suivants, de ces quatre choses que nous venons de dire que Ton confondait et que Ton prenait pour une simple sensation; et on expliquera seulement, en général, les erreurs dans lesquelles nous tombons : parce que si on voulait entrer dans le détail^ ce ne serait jamais fait. On espère toutefois mettre l'esprit des lecteurs en état de découvrir avec une très-grande facilité toutes les erreurs où les sens nous peuvent porter ; mais on leur demande pour cela qu'ils méditent avec quelque application, tant sur les chapitres qui suivent que sur celui qu'ils viennent de lire.
L La première de ces choses que nous confondonsdans chacune de nos sensations est l'action des objets
\ RECnERCHE DE LA VÉRITÉ.
iibles qui causent ces senliments ou plutôt qui les accompagnent.
II. Il est vrai qu'ils ne jugent pas que la douleur soit dans Taiguille qui les pique, de riiôme qu'ils jugent que la chaleur est dans le feu ; mais c'est que l'aiguille et son action sont visibles, et que les petites parties du bois qui sortent du feu et leur mouvement contre nos mains ne se voient pas. Ainsi ne voyant rien qui frappe nos mains quand nous nous chauffons, et y sentant de
■ la chaleur, nous jugeons naturellement que cette chaleur est dans le fèu, faute d'y voir autre chose.
De sorte qu'il est ordinairement vrai que nous attribuons nos sensations aux objets, quand les causes de ces sensations nous sont inconnues ; et parce que la douleur et le chatouillement sont produits avec des corps sensibles, comme avec une aiguille et une plume que nous voyons et que nous touchons, nous ne jugeons pas à cause de cela qu'il y ait rien de semblable à ces sentiments dans les objets qui nous les causent.
III. Il est vrai néanmoins que nous ne laissons pas de juger que la brûlure n'est pas dans le feu, mais seulement dans la main, quoiqu'elle ait pour cause les petites parties du bois aussi bien que la chaleur, laquelle toutefois nous attribuons au feu : mais la raison de ceci est que la brûlure est une espèce de douleur; car ayant jugé plusieurs fois que la douleur n'est pas dans le corps extérieur qui la cause, nous sommes portés à faire encore le même jugement de la brûlure.
Ce qui nous porte encore à en juger de la sorte, c'est que la douleur ou la brûlure appliquent fortement notre âme aux parties de notre corps, et cela nous détourne de penser à autre chose. Ainsi l'esprit attache la sensation de la brûlure à l'objet qui lui est le plus présent ; et parce que nous reconnaissons un peu après que la.