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no REcnERCiib de la vérité.
les autres sensations. Les sauces doivent être toutes différentes pour plaire également à différentes per- !4oaiies, ou pour plaire également à une même personne en différents temps. L'un aime le doux, Tatitre aime Taigre. L'un trouve le vin agréable et l'autre en a tie l'horreur ; et la même personne qui le trouve agréable quand elle se porte bien, le trouve amer quand elle a fa fièvre, et ainsi des antres sens. Cependant tous les hommes aiment le plaisir ; ils aiment tous les sensatiotie^ agréables; ils ont tous en cela la môme inclination. Ils ne reçoivent donc pas les mômes sensations des mènri^s objets^ puisqu'ils ne les aiment pas également.
Ainsi, ce qui fait dire à un homme qu'il aime le doux, c'est que la sensation qu'il en a est agréable ; et ee qui fait qu'un autre dit qu'il n'aime pas le doux, e'est que selon la vérité il n'a pas la môme sensation que celui qui i'aime.Et alors, quand il dit qu'il n*aime pas le doux, cela ne veut pas dire qu'il n'aime pas à avoir la mftme sensation que l'autre, mats seutement qu'il ne l'a pas. De sorte que l'on parle improprement quand on dit qu'on n'aime pas le doux, ou devrait dire qu'on n'aime pas le sucre, le miel, etc., que toots les autres trouvent doux et agréables, et qu'on ne trouve pas die même goût que \vs autres parce qu'on a les fibres de la langue autrement disposées.
Yodci un exemple plus sensible : supposé que de vingt personnes il y en ait quelqu'une qui ait froid aux mains, ei qui ne sache pas les noms dont on se sert en France pour expliquer les sensations de froideur et de «haleur, et que tous les autres au contraire aient les
UYBE JPREMIfiA. Jil
({uand ce dernier qui a les mains extrêmement froides viendrait à la fin pour se Javer, il dirait au contraire : Je ae sais pas pourquoi vous n'aimez pas i*eau froide, poor moi je prends plaisir de sentir le froid, et de me laTer.
11 est bien clair dans cet exemple, que quand ce dernier dirait: J'aime le froid, cela ne signifierait auU^ chose sinon qu'il aime la chaleur et qu'il la sent oh les autres sentent le contraire.
Ainsi quand un homme dit : J'aime ce qui est amer, et je ne puis souffrir les douceurs, cela ne signifie autre chose sinon qu'il n'a pas les mêmes sensations que ceux qui disent qu'ils aiment les douceurs et qu'ils ont de l'aversion pour tout ce qui est amer.
11 est donc cerlain qu'une sensation qui est agréable, à une personne l'est aussi à tous ceux qui la sentent ; mais que les mêmes objets ne la font pas sentir à tout le monde, à cause de la dilTérente disposition des organes des sens : ce qu'il est de la dernière conséquence de remarquer pour la physique et pour la morale.
YI. On pent seulement ici faire une objection fort facile à résoudre, savoir : qu'il arrive quelquefois que des personnes qui aiment extrêmement de cei'taincs viandes viennent enfin à en avoir horreur, ou parce qu'en les mangeant ils y ont trouvé quelque saleté mClée qui les a surpris, ou pai*ce qu'ils ont été fort malades à cause qu'ils en avaient pris avec excès, ou eiiin pour d'autres raisons. Ces sortes de personnes, dir»-t«on, n'aiment plus les mêmes sensations qu'ils aiaiaient autrefois, car ils les ont encore quand Us mangent les mêmes viaudes, et cependant elles ne leur sont plus agréables .
Pour répondre à cette objection il faut prendre garde qoe quand ces personnes goûtent des viandes dont ils ont tant d'horreur et de dégoût, ils ont deux sensations
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bien diliérenles en même tenaps. Ils ont celle de la viande qu'ils mangent, l'objection le suppose, et ils onl encore une autre sensation de dégoût, qui vient par exemple de ce qu'ils imaginent fortement la saleté qu'ils ont vue mêlée avec ce qu'ils mangent. La raison de ceci est, que lorsque deux mouvements se sont faits dans le cerveau en môme temps, l'un ne s'excite plus sans l'autre, si ce n'est après un temps considérable. Ainsi, parce que la sensation agréable ne vient jamais sans cette autre dégoûtante, et que nous confondons les choses qui se font en même temps, nous nous imaginons que cette sensation qui était autrefois agréable ne l'est plus. Cependant, si elle est toujours la môme, il est nécessaire qu'elle soit toujours agréable. De sorte que si l'on s'imagine qu'elle n'est pas agréable, c'est parce qu'elle est jointe et confondue avec une autre qui cause plus de dégoût que celle-ci n'a d'agrément. Il y a plus de difficulté à prouver que les couleurs et quelques autres sensations, que j'ai appelées faibles et languissantes, ne sont pas les mômes dans tous les hommes, parce que toutes ces sensations touchent si peu l'âme qu'on ne peut pas distinguer, comme dans les saveurs ou d'autres sensations plus fortes et plus vives, que l'une est plus agréable que l'autre, et reconnaître ainsi, p<ir la variété du plaisir ou du dégoût qui se trouverait dans différentes personnes, la diversité de leurs sensations. Toutefois la raison, qui montre que les autres sensations ne sont pas semblables en différentes personnes, montre aussi qu'il doit y avoir de la variété dans les sensations que l'on a des couleurs. En effet, on ne peut pas douter qu'il n'y ait beaucoup de diversité dans les organes de la vue de différentes personnes, aussi bien que dans ceux de l'ouïe ou du goût; car il n'y a aucune raison de supposer une parfaite ressemblance dans la disposition du nerf optique de tous les
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hommes, puisqu'il y a une variété infinie dans toutes les choses dé la nature, et principalement dans celles qui sont matérielles. Il y a donc quelque apparence que tous les hommes ne voient pas les mêmes couleurs dans les mômes objets.
Cependant je crois qu'il n'arrive jamais, ou presque jamais^ que des personnes voient le blanc et le noir d'une autre couleur que nous, quoiqu'ils ne le voient pas également blanc et noir. Mais pour les couleurs moyennes, comme le rouge, le jaune et le bleu, et principalement celles qui sont composées de ces troisci, je crois qu'il y a très-peu de personnes qui en aient tout à fait la même sensation. Car il se trouve quelquefois des personnes qui voient certains corps d'une couleur jaune, par exemple, lorsqu'ils les regardent d'un œil, et d'une couleur verte ou bleue, lorsqu'ils les regardent de l'autre. Cependant si Ton supposait que ces personnes fussent nées borgnes, ou avec des yeux disposés à voir bleu ce qu'on appelle vert, ils croiraient voir les objets de la même couleur que nous les voyons, parce qu'ils auraient toujours entendu nommer vert ce qu'ils verraient bleu.
On pourrait encore prouver que tous les hommes ne voient pas les mêmes objets de même couleur, à cause que, selon les remarques de quelques-uns, les mêmes couleurs ne plaisent pas également à toutes sortes de personnes; puisque si ces sensations étaient les mêmes, elles seraient également agréables à tous les hommes. Mais parce qu'on peut faire contre cette preuve des objections très-fortes, appuyées sur la réponse que j'ai donnée à l'objection précédente, on ne la croit pas assez solide pour la proposer.
En effet, il est assez i*are qu'on se plaise beaucoup plus à une couleur qu*à une autre, de même qu'on prend beaucoup plus de plaisir à une saveur qu'à une
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autre. La raison en est que les sentiments des couleurs ne nous sont pas donnés pour juger si les corps sont propres à noire nourriture ou s'ils n'y sont pas propres. Gela se marque par le plaisir et la douleur, qui sont les caractères naturels du bien et du mal. Les objets eu tant que colorés ne sont ni bons ni mauvais à manger. Si les objets nous paraissaient agréables ou désagréables en tant que colorés, leur vue serait toujours suivie du cours des esprits qui excite et qui accompagne les passions, puisqu'on ne peut toucher l'âme sans Témouvoir, Nous haïrions souvent de bonnes choses, et nou^^ en aimerions de mauvaises, de sorte que nous ne conserverions pas longtemps notre vie. Enfin les sentiments de couleur ne nous sont donnés que pour distinguer les corps les uns des autres, et c'est ce qui se fait aussi bien, soit qu'on voie l'herbe verte ou qu'on la voie rouge, pourvu que la personne qui la voit verte ou rouge la voie toujours de la même manière.
Mais c'est assez parler de ces sensations ; parlons maintenant des jugements naturels et des jugements libres qui les accompagnent. C'est la quatrième chose, que nous confondons avec les trois autres dont nous venons de traiter.