CHAPITRE IV
I. Du changement des esprits causé par les nerf:» qui vont au cœur et aux poumons. —7 II. De celui qui est causé par les nerfs qui TODt au foie^ à la rate, et dans les viscères. *— 111. Que tout cola se fait contre notre volonté, mais que cela ne se peut faire sans une Providence.
La troisième cause des changements qai arrÎTent aux esprits animaux est la plus ordinaire et la plus agissante de toutes^ parce que c'est elle qui produit, qui entretient et qui fortifie toute» les passions. Pour la bien comprendre, il faut savoir que la cinquième, la sixième et la huitième paire des nerfs envoient la plupart de leurs rameaux dans la poitrine et dans le ventre, où ils ont des usages bien utiles pour la conservation du corps, mais extrêmement dangereux pour l'âme; parce que ces nerfs ne dépendent point dans leur action de la volonté des hommes, comme ceux qui servent à remuer les bras, les jambes et les autres parties extérieures du corps, ei qu'ils agissent beaucoup plus sur l'âme que l'âme n'agit sur eux.
I. Il faut donc savoir que plusieurs branches de la huitième paire des nerfs se jettent entre les fibres du principal de tous les muscles, qui est le cœur; qu'ils environnent ses ouvertures, ses oreillettes et ses artères; qu'ils se répandent môme dans la substance du poumon, et qu'ainsi par leurs différents mouvements ils produisent des changements fort considérables dans
le sang. Car les nerfs qui sont répandus entre les fibres du cœur, le faisant quelquefois étendre et raccourcir avec trop de force et de promptitude, poussent avec une violence extraordinaire quantité de sang vers la tête et vers toutes les parties extérieures du corps ; quelquefois aussi ces mêmes nerfs font un effet tout contraire. Pour les nerfs qui enviionneut les ouvertures du cœur, ses oreillettes et ses artères, ils font à peu près le môme effet que les registres avec lesquels les chimistes modèrent la chaleur de leurs fourneaux, et que les robinels dont on se sert dans les fontaines pour régler le cours de leurs eaux. Car Tusage de ces nerfs est de serrer et d'élargir diversement les ouvertures du cœur, de hàler et de retarder de cette manière l'entrée et la sortie du sang, et d'en augmenter ainsi et d'en diminuer la chaleur. EuQn^ les nerfs qui sont répandus dans le poumon ont aussi Iç même usage ; car le poumon n'étant composé que des branches de la trachée-artère, de la veine artérieuse et de l'artère veineuse entrelacées les unes dans les autres, il est visible que les nerfs qui sont répandus dans sa substance empochent par leur contraction que l'air ne passe avec assez de liberté des branches de la trachéeartère, et le sang de celles de la veine artérieuse, dais Tartère veineuse pour se rendre dans le cœur. Ainsi ces nerfs, selon leur différente agitation, augmentent ou diminuent encore la chaleur et le mouvement du
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le premier livre, presque tous les philosophes se sont imaginé que le cœur était le siège principal des passions de l'âme, et c'est même encore aujourd'hui Topi* nioo la plus commune.
Or, parce que la faculté d'imaginer reçoit de grands changements par ceux qui arrivent aux esprits animaux, ei que les esprits animaux spnt fort dilTérenls seton la diOérente fermentation ou agitation du sang qui se tait dans le cœur, il est facile de reconnaître ce f|ui fait que les personnes passionnées imaginent les choses tout autrement que ceux qui les considèrent de sang-froid.
II. L'autre cause, qui contribue fort à diminuer et à augmenter ces fermentations extraordinaires du sang, consiste dans Taclion de plusieurs autres rameaux des nerfs, desquels nous venons de parler.
Ces rami'aux se répandent dans le /bt'e, qui contient la plus subtile partie du sang, ou ce qu'on appelle ordinairement la bile; dans la ra/e, qui contient la plus grossière, ou la mélancolie ; dans le pancré^Sy qui contient un suc aciJe très-propre, ce semble, pour la lermeotation ; dans l'estomac, les boyaux et les autres parties qui contiennent le chyle; enlin ils se réfjandeot dans tous les endroits, qui peuvent contribuer quelque chose pour varier la fermentation ou le mouvement du sang. Il n'y a pas même jusqu'aux artères ci ajix veines qui ne soient liées de ces nerfs, comme M. Wiliis l'a découvert du tronc inférieur de la grande artère qui en est liée proche du cœur, de l'artère axtl- Ifdre du côlé droit, de la veine émulgente et de quelques autres.
Ainsi l'usage des nerfs étant d'agiter diversement les parties auxquelles ils sont attachés, il est facile de concevoir comment, par exemple, le nerf qui environne le foie peut en le serrant faire couler grande
quantité de bile dans les veines et dans le canal de la bile, laquelle s'étant mêlée avec le sang dans les veines, et avec le chyle par le canal de la bile, entre dans le cœur et y produit une chaleur bien plus ardente qu'à l'ordinaire. Ainsi lorsqu'on est ému de certaines passions, le sang bout dans les artères et dans les veines; l'ardeur se répand»dans tout le corps ; le feu monte à la tête, et elle se remplit d'un si grand nombre d'esprits animaux trop vifs et trop agités, que par leur cours impétueux ils empêchent l'imagination de se représenter d'autres choses que celles dont ils forment des images dans le cerveau, c'est-à-dire de penser à d'autres objets qu'à ceux de la passion qui domine.
Il en est de même des petits nerfs qui vont à la rate ou à d'autres parties qui contiennent une matière plus grossière et moins susceptible de chaleur et de mouvement; ils rendent l'imagination toute languissante et tout assoupie, en faisant couler dans le sang quelque matière grossière et difilcile à mettre en mouvement.
Pour les nerfs qui environnent les artères et les veines, leur usage est d'empêcher le sang de passer, et de l'obliger en les serrant de s'écouler dans les lieux où il trouve le passage libre. Ainsi la partie de la grande artère qui fournit du sang à toutes les parties qui sont au-dessus du cœur, étant liée et serrée par ces nerfs, le sang doit nécessairement entrer dans la tête en plus grande abondance, et produire ainsi du changement dans les esprits animaux, et par conséquent dans l'imagination.
III. Il faut bien remarquer que tout cela ne se fait que par machine, je veux dire que tous les différents mouvements de ces nerfs dans toutes les passions différentes n'arrivent point par le commandement de la volonté, mais se font au contraire sans ses ordres, et même contre ses ordres; de sorte qu'un corps sans