LIVRE DEUXliMB
âme disposé comme celui d'an homme sain, serait capable de tous les mouvements qui accompagnent nos passions. Ainsi les bétes mêmes en peuvent avoir de semblables quand elles ne seraient que de pures machines.
C'est ce qui nous doit faire admirer la sagesse incompréhensible decelui qui a si bien rangé tous ces ressorts, qu'il suffit qu'un objet remue légèrement le nerf optique d'une telle ou telle manière pour produire tant de divers mouvements dans le cœur, dans les autres parties intérieures du corps et même sur le visage. Car on a découvert depuis peu que le même nerf qui répand quelques rameaux dans le cœur et dans les autres parties intérieures, communique aussi quelquesune3 de ses branches aux yeux, à la bouche et aux autres parties du visage. De sorte qu'il ne peut s'éle- « ver aucune passion au dedans qui ne paraisse au dehors, parce qu'il ne peut y avoir de mouvement dans les branches qui vont au cœur, qu'il n'en arrive quelqu'un dans celles (fui sont répandues sur le visage.
La correspondance et la sympathie qui se trouve entre les nerfs du visage et quelques autres qui répondent à d'autres endroits du corps qu'on ne peut nommer, est encore bien plus remarquable ; et ce qui fait cette grande sympathie, c'est, comme dans les autres passions, que les petits nerfs qui vont au visage ne sont encore que des branches de celui qui descend plus bas.
Lorsqu'on est surpris de quelque passion violente, si 1-on prend soin de ^ire réflexion sur ce que Ton sent dans les entrailles et dans les autres parties du corps où les nerfs s'insinuent, comme aussi aux changements de visage qui l'accompagnent ; et si on considère que toates ces diverses agitations de nos nerfs sont entièrement involontaires, et qu'elles arrivent même malgré
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toute la résistance que notre volonlé y apporte, on n'aura pas grand'peine à se laisser persuader de la simple exposition que Ton vient de faire de tous ces rapports entre le^ nerfs.
Mais si l'on examine les raisons et la fin de toutes ces choses, on y trouvera t^mt d'ordre et de sagesse, qu'une attention un peu sérieuse sera capable de convaincre les personnes les plus attachées à Épicure et à Lucrèce qu'il y a une providence qui régit le monde. Quand je vois une montre, j'ai raison de conclure qu'il y a une intelligence, puisqu'il est impossible que le hasard ait pu produire et arranger toutes ses roues. Gomment donc serait-il possible que le hasard et la rencontre des atomes fût capable d'arranger dans tous les hommes et dans tous les animaux tant de ressor s divers, avec la justesse et la proportion que je viens d'expliquer, et que les homm^'s et les animaux en engendrassent d'autres qui leur fussent tout à taitsemblaLles? Ainsi il est ridicule de penser ou de dire comme Lucrèce, que le hasard a ibrmé tontes les parties qui composent l'homme ; (|ue les yeux n'ont point été faits pour voir, mais qu'on s'est avi:ié de voir parce qu'on avait des yeux , et ainsi des autres parties du corps. Voici ses paroles :
Lumina ne facias oculoruin clan creata Prospicere ut possimus, et ut proferre viai Pi-Qceros passus, ideo fastigia posse Suranim ac feminum pedibus fundata plicari : Brachia tum porro validis exapta lacertis Esse, manus(|ue datas utraque ex parte minislras Ut facere ad vitam possimus^ quas foret usus. Cetera de génère hoc inter quscumqne pretantur Omnia perversa prepostera sunt ratiune.
NU ideo natum est. in nostro corpore ut uti Possimus ; sed qaod natum est, id procréât tisran *.
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