‹ Œuvres de Malebranche (volume 2)Chapitre 76 sur 415 · LIVRE DEUXIÈME. iC · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME. iC

Ne faut-il pas avoir une étrange aversion d'une providence pour s'aveugler ainsi volontairement de peur de la reconnaître, et pour tâcher de se rendre insensible à des preuves aussi fortes et aussi convaincantes que celles que la nature nous en fournit? Il est vrai que quand on aCTecleune fois de faire l'esprit fort, ou plutôt l'impie, ainsi que faisaient les épicuriens, on se trouve incontinent tout couvert de ténèbres, et on ne voit plus que de fausses lueurs ; on nie hardiment les choses les plus claires, et on assure fièrement et magistralement les plus fausses et les plus obscures.

Le poeie que je viens de citer peut servir de preuve de cet aveuglement des esprits forts. Car il prononce hardiment et contre toute apparence de vérité sur les questions les plus difficiles et les plus obstrures, et il semble qu'il n'aperçoive pas les idées même les plus claireset les plus évidentes. Si je m'arrêtais à rapporter des passages de cet auteur pour justifier ce que je dis^ je ferais une digres^^ion trop longue et trop ennuyeuse. S'il est permis de faire quelques léflexions qui arrôlent pour un moment l'esprit sur des vérités essen* lieBes, il n'est jamais permis de faire des digressions qui délournentresprit pendant un temps considérable de l'attention, à son principal sujet, pour l'appliquer à des choses de peu d'importance.

On vient d'expliquer les causes générales tant extérieures qu'intérieures qui produisent du changement dans les esprits animaux, et par conséquent dans l&îixcullé d'imaginer. On a fait voir que les extérieuies sont les viandes dont on se nourrit et l'air que l'on respire, et que l'intérieure consiste dans l'agitation involontaire de certains nerls. On ne sait point d'autres causes générales et l'on assure même qu'il n'y en a point. De sorte que la facultéd'imaginer ne dépendant lie la part du corps que de ces deux choses, savoir, m. - 15

des esprits animaux et ae la aisposiuoa au cerveau sur lequel ils agissent, il ne reste plus ici pour donner *une parfaite connaissance de rimagination que d'exposer les différents changements qui peuvent arriver dans la substance du cerveau. Mais avant que d'examiner ces changements il est à propos d'expliquer et la liaison de nos pensées avec les traces du cerveau, et la liaison réciproque de ces traces. Il faudra aussi donner quelque idée de la mémoire et des habitudes, c'est-àdire de celte facilité que nous avons de penser à des choses auxquelles nous avons déjà pensé, et de faire des choses que nous avons déjà faites.

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