‹ Œuvres de Malebranche (volume 2)Chapitre 93 sur 415 · LIVRE DEUXIEME. tlft · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME. tlft

fanl : Tafiection qu'il avait pour elle se répandant à toutes les personnes qui lui ressemblaient en quelque chose.

Mais ce ne sont pas ces petits dérèglements de nos inclinations, lesquels nous jettent le plus dans l'erreur: c'est que nous avons tous ou presque tous l'esprit faux en quelque chose; et que nous sommes presque tous sujets à quelque espèce de folie, quoique nous ne le pensions pas. Quand on examine avec soin le génie de ceux avec lesquels on converse, on se persuade facile^ ment de ceci ; et quoiqu'on soit peut-être original soimême et que les autres en jugent ainsi, on trouve que tous les autres sont aussi des originaux, et qu'il n'y a de différence entre eux que du plus ou du moins. Voilà donc une source assez ordinaire des erreurs dùs hommes, que ce bouleversement de leur cerveau causé par l'impression des objets extérieurs dans lo temps qu'ils viennent au monde ; mais cette cause ne cesse pas sitôt qu'on pourrait s'imaginer.

1. La conversation ordinaire que les enfants Sont obligés d'avoir avec leurs nourrices, ou même aveo leurs mères, lesquelles n'ont souvent aucune édikiMH lion, achève de leur perdre et de leur corrompre en<t tièrement l'esprit. Ces femmes ne les entretiennent qpife de niaiseries, que de contes ridicules ou capables de leur faire peur. Elles ne leur parlent que des chosat sensibles, et d'une manière propre à les conûrmir dans les faux jugements des sens. En un mot, eUes jettent dans leurs esprits les semences de toutes les fai* blesses qu'elles ont elles-mêmes, comme de leurs ap^' préhensions extravagantes, de leurs superstitions ridir çules et d'autres semblables faiblesses. Ce qui fait que^. n'étant pas accoutumés à rechercher la vérité, ni.iài la goûter, ils deviennent enûn incapables de ladisoer* neretdefaireqnelqueusagedeleur raison. DelàJeur vient

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une certaine timidité et bassesse d'esprit qui leur demeure fort longtemps; car il y en a beaucoup qui, à l'âge de quinze et de vingt ans, ont encoiv, tout l'esprit de leur nourrice.

Il est vrai que les enfants ne paraissent pas fort propres pour la méditation de la vérité et pour les sciences abstraites et relevées, parce que, les fibres de leur cerveau étant très-délicates, elles sont très-facilement agitées par les objets même les plus faibles et les moins sensibles ; et leur âme ayant nécessairement des sensations proportionnées à l'agitation de ces fibres, elle laisse là les pensées métaphysiques et de pure intellection, pour s'appliquer uniquement à ses sensations. Ainsi, il semble que les enfants ne peuvent pas considérer avec assez d'attention les idées pures de la vérité, étant si souvent et si facilement distraits par les idées confuses des sens.

Cependant on peut répondre, premièrement, qu'il est plus facile à un enfant de sept ans de se délivrer des*erreurs où ks sens le portent, qu'à une personne de soixante qui a suivi toute sa vie les préjugés de l'enfance. Secondement, que si un enfant n'est pas capable des idées claires et distinctes de la vérité, il est du moins capable d'être averti que ses sens le trompent en toutes sortes d'occasions ; et si on ne lui apprend pas la vérité, du moins ne doit-on pas l'entretenir ni le fortifier dans ses erreurs. Enfin, les plus jeunes enfants, tout accablés qu'il sont de sentiments agréables et pénibles, ne laissent pas d'apprendre en peu de temps ce que des personnes avancées en âge ne. peuvent faire en beaucoup davantage, comme la connaissance de l'ordre et des rapports qui se trouvent entre tous les mots et toutes les choses qu'ils voient et qu'ils entendent. Car quoique ces choses ne dépendent guère que de la mémoire, cependant il parait assez

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