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ble. Elles ne peuvent se serrir de leur imagination pour développer des questions composées et embarrassées. Elles ne considèrent que l'écorce des choses, et leur imagination n'a point assez de force et d'étendue pour en percer le fond et pour en comparer tontes les parties sans se distraire. Une bagatelle est capable de les détourner; le moindre cri les effraie ; le plus petit mouvement les occupe. EnQn la manière et non la réalité des chosessuffit pour remplir toute lacapacitéde leuresprît, parce que les moindres objets produisant de grands mouvements dans les fibres délicates de leur cerveau, elles excitent par une suite nécessaire dans leur âme des sentiments assez vifs et assez grands pour l'occuper tout entière.
S'il est certain que cette délicatesse des fibres du cerveau est la principale cause de tous ces effets, il n'est pas de même certain qu'elle se rencontre généralement dans toutes les femmes. Ou si elle s'y rencontre, leurs esprits animaux ont quelquefois une telle proportion avec les fibres de leur cerveau, qu'il se trouve des femmes qui ont plus de solidité d'esprit que quelques hommes. C'est dans un certain tempérament de la grosseur et de l'agitation des esprits animaux avec les fibres du cerveau que consiste la force de l'esprit, et les femmes ont quelquefois ce juste tempérament. Il y & des femmes forte^ et constantes, et il y a des hommes faibles et inconstants. Il y a des femmes savantes, des femuxes
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S24 RECHERCHE DE LA VÉniTÉ.
OU toutes les femmes de même âge, ou de même pays* ou de môme famille, aient le cerveau de môme constitution. Il est plus à propos de croire que comme on ne peut trouver deux visages qui se ressemblent entièrement, on ne peut trouver deux imaginations tout à fait semblables; et que tous les hommes, les femmes et les enfants ne diffèrent entre eux que du plus et du moins dans la délicatesse des fibres de leur cerveau. Car de môme qu'il ne faut pas supposer trop vite une identité essentielle entre des choses entre lesquelles on ne voit point de différence, il ne faut pas mettre aussi des différences essentielles où on ne trouve pas de parfaite identité. Car ce sont là des défauts où Ton tombe ordinairement.
Ce qu'on peut donc diredes fibres du cerveau, c'est que d'ordinaire elles sont très- molles et très-délicates dans les enfants ; qu'avec Tâge elles se durcissent et se fortifient; que cependant la plupart des femmes et quelques hommes les ont toute leur vie extrêmement délicates. On ne saurait rien déterminer davantaga. Mais c'est assez parler des femmes et des enfants; ils ne se mêlent pas derechercher la vérité et d'en instruire les autres : ainsi leurs erreurs ne portent pas beaucoup de préjudice, car on ne les croit guère dans les choses qu'ils avancent. Parlons des hommes faits, de ceux dont l'esprit est .dans sa force et dans sa vigueur, et que l'on pourrait croire capables de trouver la vérité et de l'enseigner aux autres.
II. Le temps ordinaire de la plus grande perfection de l'esprit est depuis trente jusqu'à cinquante ans. Les fibres du cerveau en cet âge ont acquis pour l'ordinaire une consistance médiocre. Les plaisirs et les douleurs des sens ne font presque plus d'impression sur elles. De sorte qu'on n'a plus à se défendre que des passions violentes qui arrivent rarement et desquelles on peut
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se mettre à couvert, si on en évite avec soin toutes les occasions. Ainsi Tâme n'étant plus divertie par les choses sensibles, elle peut contempler facilement la vérité.
Un homme dans cet état et qui ne serait point rempli des préjugés de Tenfance, qui dès sa jeunesse aurait acquis de la facilité pour la méditation, qui ne voudrait s'arrêter qu'aux notions claires et distinctes de l'esprit, qui rejetterait soigneusement toutes les idées confuses des sens et qui aurait le temps et la volonté de méditer, ne tomberait sans doute que difficilement dans Terreur. Mais ce n'est pas de cet homme dont il faut parler, c'est des hommes du commun qui n'ont pour rordinaire rien de celui-ci.
Je dis donc que la solidité et la consistance qui se rencontre avec l'âge dans les fibres du cerveau des hommes, fait la solidité et la consistance de leurs erreurs, s'il est permis de parler ainsi. C'est le sceau qui scelle leurs préjugés et toutes leurs fausses opinions, et qui les met à couvert de la force de la raison. Enfin, autant que cette constitution des fibres du cerveau est avantageuse aux personnes bien élevées, autant elle est désavantageuse à la plus grande partie des hommes, puisqu'elle confirme les uns et les autres dans les pen^ sées oh ils sont.
Mais les hommes ne sont pas seulement confirmés dans leurs erreurs quand ils sont venus à Tâge de quarante ou de cinquante ans. Us sont encore plus sujets, à tomber dans de nouvelles, parce que se croyant alors capables de juger de tout, comme en effet ils le devraient être, ils décident avec présomption et ne consultent que leurs préjugés, car les hommes ne raisonnent des choses que par rapport aux idées qui leur sont les plus familières. Quand un chimiste veut raisonner de quelque corps naturel, ses trois principes lui viennent d'abord en l'esprit. Un péripatéticien pense d'a-
bord aux quatre éléments et aux quatre premières qualités, et un autre philosophe rapporte tout à d'autres principes. Ainsi il ne peut entrer dans l'esprit d'un fiomme rien qui ne soit incontinent infecté des erreurs auxquelles il est sujet et qui n'en augmente le nombre.
Cette . consistance des libres du cerveau a encore un 4rès-mauvais effet, principalement dans les personnes , plus âgées, qui est de les rendre incapables de méditation. Ils ne peuvent apporter d'attention à la plupart •des choses qu'ils veulent savoir, et ainsi ils ne peuvent pénétrer les vérités un peu cachées. Ils ne peuven t goûter les sentiments les plus raisonnables lorsqu'ils sont appuyés sur des principes qui leur paraissent nouveaux, quoiqu'ils soient d'ailleurs fort intelligents dans les choses dont l'âge leur a donné beaucoup d'expérience. Mais tout ce que je dis ici ne s'entend que de ceux qui ont passé leur jeunesse sans faire usage de leur esprit <et sans s'appliquer.
Pour éclaircir ces choses il faut savoir que nous ne pouvons apprendre quoi que ce soit si nous n'y apportons de l'attention, et que nous ne saurions guère être attentifsà quelque chose si nous ne l'imaginons et si nous ne nous la représentons vivement dans notre cerveau. Or afin que nous puissions imaginer quelques objets, il «st nécessaire que nous fassions plier quelque partie de notre cerveau, ou que nous lui imprimions quelque aa- ' tre mouvement pour pouvoir former les traces auxquelles sont attachées les idées qui nous représentent ces objets. De sorte que si les fibres du cerveau se sont un peu durcies, elles ne seront capables que de l'inclination et des mouvements qu'elles auront eus autrefois ; «t ainsi l'âme ne pourra imaginer ni par conséquent être attentive à ce qu'elle voulait, mais seulement aux choses qui lui sont familières.
De là il faut conclure qu'il est très-avantageux de
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s'exercer à méditer sur toutes sortes de sujets afln d'acquérir une certaine facilité de penser à ce qu'on veut. Car de même que nous acquérons une grande facilité de remuer les doigts de nos mains en toute manière et avec une très-grande vitesse par le fréquent usage que nous en faisons en jouant des instruments; ainsi les parties de notre cerveau, dont le mouvement est nécessaire pour imaginer ce que nous voulons, acquièrent par Tusage une certaine facilité à se plier qui fait que Ton imagine les choses que Ton veut avec beaucoup de facilité, de promptitude et môme de netteté.
Or, le meilleur moyen d'acquérir cette habitude qui fait la principale différence d'un homme d'esprit d'avec un autre, c'est de s'accoutumer dès sa jeunesse à chercher la vérité des choses môme fort difficiles, parce qu'en cet âge les fibres du cerveau sont capables de toutes sortes d'inflexions.
Je ne prétends pas néanmoins que cette facilité se puisse acquérir par ceux qu'on appelle gens d'étude, qui ne s'appliquent qu'à lire sans méditer et sans rechercher par eux-mêmes la résolution des questions avant que de la lire dans les auteurs. Il est assez visible que par cette voie Ton n'acquiert que la facilité de se souvenir des choses qu'on a lues. On remarque tous les jours que ceux qui ont beaucoup de lecture ne peuvent apporter d'attention aux choses nouvelles dont on leur parle, et que la vanité de leur érudition, les portant à en vouloir juger avant que de les concevoir, les fait tomber dans des erreurs grossières dont les autres hommes ne sont pas capables.
Hais quoique le défaut d'attention soit la principale cause de leurs erreurs, il y en a encore une qui leur est particulière; c'est que trouvant toujours dans leur mémoire une infinité d'espèces confuses, ils en prennent d'abord quelqu'unequ'ils considèrent comme celle
dont il est question ; et parce que les choses qu'on dit ne lui conviennent pas, ils jugent ridiculement qp'on se trompe. Quand on veut leur représenter qu'ils se trompent eux-mêmes et qu'ils ne savent pas seulement rélat de la question, ils s'irritent ; et ne pouvant concevoir ce qu'on leur dit, ils continuent de s'attacher à cette fausse espèce que leur mémoire leur a présentée. Si on leur en montre trop manifestement la fausseté, ils en substituent une seconde et une troisième qu'ils défendent quelquefois contre toute apparence de vérité et môme contre leur propre conscience, parce qu'ils n'ont guère de respect ni d'amour pour la vérité et qu'ils ont beaucoup de confusion et de honte à reconnaître qu'il y a des choses qu'on sait mieux qu'eux.
III. Tout ce qu'on a dit des personnes de quarante «et de cinquante ans, se doit encore entendre avec plus de raison des vieillards; parce que les fibres de leur cerveau sont encore plijs inflexibles, et que, manquant d'esprits animaux pour y tracer de nouveaux vestiges, leur imagination est toute languissante. Et comme d'ordinaire les fibres de leur cerveau sont mêlées avec beaucoup d'humeurs superflues, ils perdent peu à peu la mémoire des choses passées, et tombent dans les faiblesses ordinaires aux enfants. Ainsi, dans l'âge décrépit, ils ont les défauts qui dépendent de la constitution des fibres du cerveau, lesquels se rencontrent dans les enfants et dans les hommes faits; quoique l'on puisse dire qu'ils sont plus sages que les uns et les autres, à cause qu'ils ne sont plus si sujets à leurs passions, qui viennent de l'émotion des esprits animaux.
On n'expliquera pas ces choses davantage, parce qu'il est facile de juger de cet âge par les autres dont on a parlé auparavant, et de conclure que les vieillards ont encore plus de difficulté que tous les autres à concevoir ce qu'on leur dit ; qu'ils sont plus attachés à leurs pré*