‹ Œuvres de Malebranche (volume 3)Chapitre 149 sur 174 · CHAPITRE ?Ç · texte numérisé non relu

CHAPITRE ?Ç

D^î} pi^^Si(>n^ en pj^rticplipr, et ^^ uMm\ fie la ïflfri^i^re fle ]f» f^vM^\\$i et de reconnaître les erreurs dont elles sont la cause.

Si Ton pppsidère (je quelle monièfP le$ pas^ipns m ppmppspnfc) on reponnaitra vi^iblemeni que leur nombrp na ^ peut dé^erminen, et qu'il y en ^ beaucoup plus que nous n'avpni de termp9 pour les eKpfi(ppr. (.ps pps^ipps ne tirent pas spulemeni; leurs difjBêcenpps de la différente combinaison des trois primitives, car de cptle 9Prte il y en aurait fprt peu ; priais leur différence se prend pnpore des. différentes perceptions et dpa différents jugements qui les pansent ou qpi les apcppipagnept. (^es différents jugements que Tâme fait des biens e( des piau^ prqduisent des moMveptents différents dans les einrits anjingi^ïi pour (iisppser le corps par fpppprt à rpt)jet, et 11$ caui^pn^ par ppqséquent daps l'àqie (jps sentipipnts qpi ne sont poinf entiproment sep^blables. Ainsi ils sopt csusP qpo rqn rep^^r^PP de la différence entre certaines passions 4pn( l^i én^otiops nia spi^f^ point différentes.

Cependant l'émotion de l'àme étant la princjpplQ c|)qs^ qni s^ rencontre dans chacune de pos passipns, il est bpi^pcpqp mm% de les rapporter toutes aux trois primitives dans lesquelles cps i^mpr [ lions sont fort diilorentes, que dp |ps traiter confusément et sans ordre» ppr rppport aux différentes perceptions qpp | qn ppu^ avoir d'une induite dp biens et de maux qui les causent.

ftftO LIVRE CINQUIEME.

liOrsqne !*âme aperçoit un bien dont elle peut jouir, on peut dire peut-être qu'elle Tespère, quoiqu'elle ne le désire pas; mais il est visible qu'alors son espérance n'est point une passion , mais un simple jugement. Car c'est l'émotion qui accompagne l'idée d'un bien, dont on juge que la jouissance est possible, qui fait que l'espérance est une passion véritable. Lorsque l'espérance se change en sécurité, c'est encore la même chose; elle n'est passion qu'à cause de l'émotion de joie qui se mêle alors avec celle du d^ir; car le jugement de l'âme qui considère un bien comme ne lui pouvant manquer, n'est une passion qu'à cause que l'avant-goût du bien nous agile. Enfin , lorsque l'espérance diminue et que le désespoir lui succède, il est encore visible que ce désespoir n'est une passion qu'à cause de l'émotion de la tristesse qui se mêle alors avec celle du désir ; car le jugement de l'âme qui considère un bien comme ne lui pouvant arriver, n'est point une passion si ce jugement ne nous agite.

Mais, parce que l'âme ne considère jamais de bien ou de mal sans quelque émotion et sans qu'il arrive même dans le cot^ quelque changement, on donne souvent le nom de passion au jugement qui produit la passion , à cause que l'on confond tout ce qui se passe et dans l'âme et danâ le corps à la vue de quelque bien ou de quelque mal. Car les mots d'espérance, de crainte, de hardiesse, de honte, d'impudence, de colère, de pitié, de moquerie, de regret, enfin le nom de toutes les autres passions sont dans l'usage ordinaire, des expressions abrégées de plusieurs termes, par les* quels on peut expliquer en détail tout ce que les passions renferment.

On comprend par le mot de passion la vue du rapport qu'une chose a avec nous , l'émotion et le sentiment de l'âme , l'ébranlement du cerveau et le mouvement des esprits, une nouvelle émotion et un nouveau sentiment de l'âme , et enfin un sentiment de douceur qui accompagne toujours les passions et qui les rend toutes agréables. On entend toutes ces choses. Mais quelquefois on entend seulement par le nom de quelque passion , ou le jugement qui la cause, ou l'émotion seule de l'âme , ou le mouvement seul des esprits et du sang, ou enfin quelque autre chose qui accompagne rémotion de l'âme.

C'est une chose fort utile à la connaissance de la vérité que d'abréger les idées et leurs expressions; mais souvent cela est caus^ de quelque erreur, principalement lorsque ces idées s'abrègent par un usage populaire. Car il ne faut jamais abréger ses idées qup lorsqu'on se les est rendues trés<claires et très-distinctes par une

DES PASSIONS DE L*AME. hki

grande application d*esprit , et non pas comme l'on fait ordinairement des passions et de toutes les choses sensibles, lorsqu'on se les est rendues familières par des senthnents et par Taction seule de rimagination qui trompe Tesprit.

!l V a bien de la différence entre les idées pures de l'esprit et les sensations ou les émotions de Tàme. Les idées pures de l'esprit sont claires et distinctes, mais il est difficile de se les rendre familières. Les sensations et les émotions de l'âme sont au contraire très-familières^ mais il est impossible de les connaître clairement et distinctement. Les nombres , l'étendue et leurs propriétés se connaissent clairement, mais lorsqu'on ne les a pas rendus sensibles par quelques caractères qui les expriment , il est difficile de se les représenter, car tout ce qui est abstrait ne touche point. Les sensations au contraire et les émotions de l'âme se représentent facilement à Tesprit, quoiqu'on ne les connaisse que d'une manière fort confuse et fort imparfaite, et tous les termes qui les excitent frappent fortement l'âme et la rendent attentive. 11 arrive de là que l'on s'imagine souvent bien comprendre des discours absolument incompréhensibles; et lorsqu'on lit certaines descriptions des sentiment.s et des passions de l'âme, on se persuade qu'on les entend parfaitement, parce qu'on en eçt touché vivement et que tous les mots qui frappent les yeux agitent l'âme. Dès que l'on prononce devant nous le mot de honte, de déses)X)ir, d'impudence, etc., il se réveille aussitôt dans notre esprit une certaine idée confuse et un certain sentiment obscur qui nous applique fortement ; et parce que ce sentiment nous est fort familier et qu'il se représente à nous sans peine et sans effort d*esprit, nous nous persuadons qu'il est clair et distinct. Cependant ces mots sont les noms des passions composées, et par conséquent des expressions abrégées que l'usage populaire a faites de plusieurs idées confuses et obscures.

Comme nous sommes obligés de nous servir des termes approuvés par Tusage, on ne doit pas être surpris de trouver de l'obscurité et quelquefois une espèce de contradiction dans nos paroles. Et si l'on fait réflexion que les sentiments et les émotions de l'âme, qui répondent aux termes dont on se sert en de semblables discours , ne sont pas tout à fait les mêmes dans tous les hommes, à cause de leurs différentes dispositions d'esprit; on ne nous condamnera pas facilement lorsqu'on n'entrera pas dans nos opinions. Je ne dis pas tant ceci pour me mettre à couvert des objections qu'on me pourrait faire , que pour faire bien comprendre la nature des passions et ce qu'on doit penser des traités que l'on compose sur cette matière.

m UVf^P QIlîQlJlBMl!:.

Après toutes ces prépa\i(iona, je crois pouvoir dire qu^ toute» les passions se peqvent rapporter aux trois primitives, savoir : au désir, à la joie et à 1^ tristesse, et que c'est principalement par les dififérents jugements que l'âme fait des biens et des maux, que celles qui se rapportent à une même ps^ssion primitive sont cÛfférenles entre elles.

Je puis dire que Tespé^'ance, la crainte et l'irrésolution qui tient le milieu entre ces deux, sont des espèces de désirs; que la bs(rdiesse, le courage, l'émulation, etc., ont plus de rapport à l'espérance qu'à toutes les autres , et que la peur, la lâpheté , la jalousie, etc., sont des espèces de craintes.

Je puis dire que l'allégresse et la gloire, la faveur et la reconnaissance sont des espèces de joiesi causées par la vue du bien que nousi connaissons en nous, ou dans ceux auxquels nous sommes unis ; comme le ris ou la moqqerie est ùnp espèce de joie qui a'exrr cite ordinairement en nous à la vue du mal qui arrive à ceux desquels nous sommes séparés; enQn que le dégoût, l'ennui, le re* gret, la piété et l'indignation sont des espèces de tristesses causées par la vue de quelque chose qui nous déplaît.

MaisQutre ces passions et plusieurs autres que je ne nomme point, qui sp rapportent particulièrement à quelqu'une des passions primitive, il y en a encpre plusieurs autres dont l'émotion est presque également eomposée, ou de celle du désir et de la joie, comme l'impudence , la colère et la vengeance; ou de celles du désjp û de la tristesse, comme la honte, le regret et le dépit; ou de toutes leâ trois ensen^ble, lorsqu'il se trouve des motifs de joie et de tristesse joints ensemble. Mais quoique ces dernières passions n'aient pas, que je aache, des noms particuliers, elles sont cependant des plus oommunes; parce qu'en cette vie nous ne. goûtons presque jamais de bien sans quelque mal, et que nous ne soutTrons presque jamais de mal sans quelque espérance d'en être délivré et de jouir de quelque bien. Et quoique la joie soit entièrement contraire à la tristesse, elle la souffre néanmoins, et même elle partage avec cette passion la capacité que l'âme a de vouloir, lorsque la vue du bien et du mal partage la capacité que l'âme a d'apercevoir.

Toutçs les passions sont donc des espèces da désirs, de jpiea et de tristesses. Et la principale différence qui se trouve entre les passions de même espèce, set tire des différentes perceptions ou des différents jugements qui les causent ou qui les aooompagnent. Si bien que pour se rendra) savant dans les passion^, et pour en faire le dénoipbrement le plus exact qui soit possible, il e^ nécessaire de rechercher les différents jugements que l'on peut faire des hie»^

DES PASSIONS DE L'ÀUE. ààl

et des maux. Mots comme nous recherchons principalement ici les causes de nos erreurs^ nous ne devons pas tant nous arrêter à exa-^ miner les jugements qui précèdent et qui causent les passions^ que ceux qui les suivent , et que l'àme forme des choses lorsque quel-*: que passion l'agite ; car ce sont ces derniers jugements qui sont les plus sujets à Terreur.

Les jugements qui précèdent et qui causent les passions, sont presque toujours faux en quelque chose , car ils sont presque tou^ jours appuyés sur les perceptions de Tàme, en tdnt qu'elle consi-^ dére les objets par rapport à elle, et non point selon ce qu'ils sont en eux-mêmes. Mais les jugements^ qui suivent les passions, sont faux en toutes manières ; car les jugements que forment les passions toutes seules s sont uniquement appuyés sur les perceptions que rame a des objets par rapport à elle, ou plutôt par rapport à son émotion actuelle.

Dans les jugements qui précèdent les passions, le vrai et le fauir sont joints ensemble ; mais lorsque Tâme est agitée, et qu'elle juge selon toute l'inspiration de la passion, le vrai se dissipe et le faux se conserve ) pour servir de principe à d'autant plus de fausses conclusions que la passion est plus grande.

Toutes les passions se justifient : elles représentent sans cesse à l'âme l'objet qui l'agite -, de la manière la plus propre pour con-' server et pour augmenter son agitation . Le jugement ou la perœp* tien qui la cause, se fortifie à proportion que la passion s'augmente ; et la passion s'augmente à proportion que le jugement qui la pro^ doit à son tour se fortifie. Les faux jugements et les passions contribuent sans cesse à leur mutuelle conservation. De sorte que si le cœurne cessait point de fournir les esprits propres pour entretenir les vestiges du cerveau et l'épanchement des mêmes esprits, ce qui est nécessaire pour conserver le sentiment et l'émotion de l'âme qui accompagnent les passions, elles augmenteraient sans cesse, et nous ne reconnaîtrions jamais nos erreurs. Mais comme toutes nos passions dépendent de la fermentation et de la circulation du sang, et que le cœur ne peut pas toujours fournir des «esprits propres pour leur conservation, il est nécessaire qu'elles' cessent, lorsque les esprits diminuent et que le sang se refroidit. '

Si c'est use chose fort facile que de découvrir les jugements or« dinaires des passions^ ce n'est pas une chose qu'il faille négliger. Il y a peu de sujets plcrs dignes de l'application de ceux qui reoher<« chent ta vérité , qui tâchent de se délivrer de la domination de leur corps, et qui veulent juger de toutes choses *sekm les vérita* blés idées.

Ikha ilVRfi CINQUIÈME.

On peut s'instruire sur ce sujet en deux manières : ou par la raison toute pure, ou par le sentiment intérieur que l'on a de soimême, lorsqu'on est agité de quelque passion. Par exemple, l'on sait par sa propre expérience qu'on est porté à juger désavantageusement de ceux que l'on n'aime pas, et à répandre, pour ainsi dire, toute la malignité de sa haine pour en couvrir l'objet de sa passion. L'on reconnaît aussi par la pure raison, que ne pouvant haïr que ce qui est mauvais, il est nécessaire, pour la conservation de la haine, que l'esprit se représente son objet par le côté le plus mauvais. Car enfin il sufilt de supposer que toutes les passions se justifient , et qu'elles tournent l'imagination et ensuite l'esprit d'une manière propre à conserver leur propre émotion , pour conclure directement quels sont les jugements que toutes les passions nous font former.

Ceux qui ont l'imagination forte et vive , qui sont extrêmement sensibles, et fort sujets aux mouvements des passions, s'instruisent parfaitement de ces choses par le sentiment qu'ils ont de ce qui se passe en eux ; et ils en parlent même d'une manière plus agréable, et quelquefois plus instructive, que ceux qui ont plus de raison que d'imagination. Car on ne doit pas penser que ceux qui découvrent le mieux les ressorts de l'amour-propre , qui pénètrent le mieux et qui développent d'une manière plus sensible les replis du cœur de l'homme, soient toujours les plus éclairés. C'est souvent une marque qu'ils sont plus vifs, plus imaginalifs , et quelquefois plus malins et plus corrompus que les autres.

Mais ceux qui sans consulter leur sentiment intérieur, ne se servent que de leur raison pour rechercher la nature des passions, et ce qu'elles sont capables de produire, s'ils ne sont pas toujoni-s aussi pénétrants que les autres , ils sont toujours plus raisonnables et moins sujets à l'erreur; car ils jugent des choses selon ce qu'elles sont en elles-mêmes. Ils voient à peu près ce que les passionnés peuvent faire, selon qu'ils les supposent plus ou moins émus ; et ils ne jugent pas témérairement des choses que les aut^res feront ou ne feront pas en telles rencontres, par celles qu'ils feraient eux-mêmes; car ils savent bien que tous les hommes ne sont pas également sensibles pour les mêmes objets , ni également susceptibles des émotions involontaires. Ainsi, ce n'est point en consultant les sentiments que les passions excitent en nous, mais en consultant la raison, que nous devons parler des jugements qui accompagnent les passions : de peur que nous ne nous fassions connaître nous-mêmes, an lieu de faire connaître la nature des passions en général.

i)ÈS l*ASSk)P}S DE t^AkE. hÙ

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