‹ Œuvres de Malebranche (volume 3)Chapitre 154 sur 174 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

pe l'usage de Vorganisation pour conserver Tattention de l'esprit, et de Tutilité

de la géométrie.

Il faut user de grandes circonspections dans le choix et dans l'usage des secours que Ton peut tirer de ses sens et de ses passions pour se rendre attentif à la vérité , parce que nos passions et nos sens nous touchent trop vivement, et qu'ils remplissent de telle sorte la capacité de l'esprit qu'il ne voit souvent que ses propres sensations lorsqu'il pense découvrir les choses en elles-mêmes. Mais il n'en est pas de même des secours que l'on peut tirer de son imagination : ils rendent l'esprit attentif sans en partager inutilement la capacité , et ils aident ainsi merveilleusement à apercevoir clairement et distinctement les objets, de sorte qu'il est presque toujours avantageux de s'en servir. Mais rendons ceci sensible par quelques exemples.

On sait qu'un corps est mu par deux ou par plusieurs causes différentes vers deux ou plusieurs différents côtés ; que ces forces les poussent également ou inégalement ; qu'elles augmentent ou qu'elles diminuent incessamment , selon une proportion connue telle qu'on voudra. Et l'on demande quel est le chemin que doit tenir ce corps, l'endroit où il se doit trouver dans un tel moment, quelle doit être sa vitesse lorsqu'il est arrivé à un tel endroit, et autres choses semblables.

D8 LA MÉTHODE. — 1- i'Ahll

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4 . Du point A, que l'on suppose êlre celui d'où ce corps commence à se mouvoir, on doit tirer d'abord les lignça indéj^pie^ AB , AC, qui font l'angle BAC si elles se coupent ; car AB et AJÇt sopt directes et ne se coupent pas lorsque les mouvements qu elles expriment sont directement opposés. L'on représente ainsi distjnctementà l'imaginalion ou, si on le veut, aux sens, le chemin que suivrait ce corps s'il n'y avait qu'une de ces forces qui le poussât vers quelqu'un des côtés A ou B.

i. Si la force qui meut ce corps vers B est égale à cette qui le meut vers C, on doit couper dans les lignes AB et AC des parties 4, 2, 3, 4, et I, H, III, IV, également éloignées de A. Si la force qui k meut vers B est double de celle qui le meut vers C , l'on coupe les parties dans AB doubles de celles que l'on coupe dans AC. Si celte force est sous-double , on les coupe sous-doubles ; si trois fois plus grande où plus petite , on les coupe trois fois plus grandes ou plus petites. Les divisions de ces lignes expriment encore à l'imagination la grandeur des différentes forces qui meuvent ce corps, et en même temps l'espace qu'elles sont capables de lui faire parcourir.

3. L'on tire par ces divisions des parallèles sur AB et sur AC, a6n d'avoir les lignes 4X, 2X, 3X, etc. égales à Aï, Aiii, etc., etiX, iiX , iiiX égales à A4 , A2 , A3 , qui expriment les espaces que ces forces sont capables de faire parcourir à ce corps, et par les intersections de ces parallèles on tire la ligne AXYE, laquelle représente à l'imagination : premièrement , la véritable grandeur du mouvement composé de ce corps, que l'on conçoit poussé en même temps vers B et vers C par deux- forces différentes , selon une telle proportion; secondement, le chemin qu'il doit tenir; enfin lousles lieux où il doit être dans un temps déterminé ; de sorte que celle ligne sert non-seulement à soutenir la vue de l'esprit dans la recherche de toutes les vérités qu'on veut découvrir sur la question proposée , elle en représente même la résolution d'une manière sensible et convaincante.

Premièrement, cette ligije AXYfi exprime la véritable grandeur du mouvement composé ; car Ton voit sensiblement que , si les forces qui le produisent peuvent chacune faire avancer ce corps d'un pied en une minute , son mouvement composé sera de deux pieds en une minute si les mouvements composants s'accordent parfaitement; car, dans ce cas, il suffit d'ajouter AB à AC, parce que les forces des mouvements composants sont entièrenxent employées à former te mouvement composé ; et si ces mouvements ne peuvent s'accorder entièrement , le composé AE sera plus grand que l'un des composants A B ou AC de la li;^nc VE. Mais si a*?

DE U MÉTHOntî. — 1" PARTIE. hll

inouvomMils se fout par deux lignes qui fassent l'angle CAB , de 120 degrés, le composé sera égal à chacun des composants égaux. Enfin si ces mouvements sont entièrement opposés, le composé sera nul, parce que les forces des mouvements composants étant égales, elles font équilibre.

Secondement, ciBttfe ligne AXYE représente à l'Imagination le chemin que doit suivre le corps, et l'on voit sensiblement selon quelle proportion il avance plus d*un côté que de l'autre. On voit aussi que tous les mouvements composée sont droits lorsque chacun des composants est toujours le même, quoiqu'ils soient inégaux entre eux; ou bien lorsque les composants sont toujours égaux entre eux, quoiqu'ils ne soient pas toujours les mêmes. Enfin il est visible que les lignes que décrivent ces mouvements sont courhos lorsque les composants sont inégaux entre eux, et ne sont pas toujours les mômes.

Enfin celte ligne représente à l'imagination tous les lieux où ce corps, poussé par deux forces différentes vers deux différents endroits, doit se trouver : de sorte que l'on peut marquer précisémejiit le point où ce corps doit être dans tel instant qu'on voudra. Si l'on veut savoir, par exemple, où il doit se trouver au commencement de la quatrième minute, il n'y a qu'à diviser les lignes A B ou A C en des parties qui expriment l'espace que ces forces connues seraient capables chacune en particulier de faire parcourir à ce corps dans une minute; et prendre trois de ces parties dans quelqu'une de ces lignes, et tirer ensuite par le commencement de la quîitrième 3 X parallèle à A B, ou m X parallèle à A C. Car il est évident que le point X, que l'une ou l'autre de ces parallèle^ détermine dans la ligne AXYE, marque l'endroit où ce corps se trouvera au commencement de la troisième minute de son mouvement. Ainsi celte manière d'examiner lés questions ne soutient pas seulement la vue de l'esprit, elle lui en montre même la résolution; et elle lui donne assez de lumière pour découvrir les choses inconnues par fort peu de choses connues.

Il suffit, par exemple, après ce qu'on a dit, que l'on sache seulement qu'un corps qui était en A dans un tel temps se trouve en E dans un autre, et que les forces différentes le poussent par des lignes qui fassent un angle donné tel queB A G, pour découvrir la ligne de son mouvement composé, et les différents degrés de vitesse des mouvements simples, pourvu que l'on sache que ces mouvements soient égaux entre eux ou uniformes. Car quand on a deux points d'une ligne droite, on l'a tout entière; et l'on peut comparer la ligne droite AE, ou le mouvement composé qui est

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connu, avec les lignes A B et A C, c'est-à-dire avec les mouvemenl!! sinoples qui sont inxïonnus.

Si Ton suppose de nouveau qu'une pierre soit poussée de A * vers B par un mouvement uniforme, mais qu'elle descende vers C, infiniment éloigné du point A, par un mouvement inégal, semblable à celui dont on croit ordinairement que les corps pesants tendent au centre de la terre, c'est-à-dire que les espaces qu'elle parcourt soient entre eux comme les carrés des temps qu'elle emploie à les parcourir, la ligne qu'elle décrira sera toujours une parabole y et Ton pourra déterminer dans la dernière exactitude le point où elle sera dans un tel moment de son mouvement.

\. Voyez la figure suivante.

m LA MÉTHODE. — 1»* PARTIE.

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