‹ Œuvres de Malebranche (volume 3)Chapitre 168 sur 174 · Liv. 2, ch. 3, De anima · texte numérisé non relu

Liv. 2, ch. 3, De anima

DE LA METHODE. — II* PARTIE. oui

> raisonnements justes et solides, n'apporte que de la confums leurs discours ?

Bst pas possible d'exposer la bizarrerie et l'extravagance des tiens que doune Âristote sur toutes sortes de matières, e les sujets qu'il traite sont simples et faciles, ses erreui*s mples, et il est assez facile de les découvrir. Mais lorsqu'il i expliquer des choses composées et qui dépendent de plu- "auses, ses erreurs sont pour le moins autant composées que 3ts qu'il traite , et il est impossible de les développer toutes !s exposer aux autres.

rand génie que l'on prétend avoir si bien réussi dans les qu'il a données pour bien défmir, ne sait seulement quelles ; choses qui peuvent être définies, parce que ne mettant point inction entre une connaissance claire et distincte et une conice sensible, il s'imagine pouvoir connaître et expliquer aux des choses dont il n'a pas seulement d'idée distincte. Les ons doivent expliquer la nature des choses , et les termes composent doivent réveiller dans l'esprit des idées distinctes iculières. Mais il est impossible def définir de cette sorte les 3 sensibles de chaleur, de froideur, de couleur, de sa- 3tc., lorsque l'on confond la cause avec l'effet, le mouvees corps avec la sensation qui l'accompagne, parce que les ons étant des modiBcations de l'âme , lesquelles on ne conint par des idées claires, mais seulement par sentiment in- , ainsi que j'ai expliqué dans le troisième livre*, il est ime d'attacher à des mots des idées que l'on n'a point, lie l'on a des idées distinctes d'un cercle, d'un carré, d'un ) , et qu'ainsi l'on en connaît distinctement la nature, on en nner de bonnes définitions ; on peut même déduire des ïdée^ n a de ces figures toutes leurs propriétés , et les expliquer Lres par des termes auxquels on attache ces idées. Mais ou : définir la chaleur ni la froideur en tant que qualités sencar on ne les connaît point distinctement et par idée, on ne naît que par conscience ou par sentiment intérieur, e doit point aussi définir la chaleur, qui est hors de nous, par îs effets ; car si l'on substitue à sa place la définition qu'on nora , l'on verra bien que cette définition ne sera propre )us jeter dans l'erreur. Si , par exemple , on définit la cliaqui afisemble les chosies de même ymre, sans rien dire davann pourra, en suivant cette définition, prendre pour de la (les choses qui n'y ont aucun rapjwrt. On pourn^ dire (juc

ixièmc partio, ch. 7, iv. 4.

l'aimant assemble la limure de fer et la sépare de celle de l'argent, parce qu'il est chaud ; qu'un pigeon mange le chénevis et laisse l'autre grain parce qu'un pigeon est chaud ; qu'un avare sépare ses louis d'or d'avec son argent parce qu'il est chaud. Enfin il n'y a |X)int d'extravagance où cette définition n'engageât, si l'on était assez stupide pour la suivre. Cette définition n'explique donc point la nature de la chaleur, et l'on ne peut s'en servir pour en déduire toutes les propriétés, puisque si Ton s'arrête précisément à ses termes on conclut des impertinences, et que si on la met à la place du défini on tombe dans le galimatias.

Cependant ai on a soin de distinguer la chaleur de ce qui la cause, quoique l'on ne puisse pas la définir, puisqu'elle est une modification de l'âme dont on n'a point d'idée claire, on peut en définir la cause , puisqu'on a une idée distincte du mouvement. Mais il fiaut prendre garde que la chaleur prise pour un tel mouvement ne cause pas toujours le sentiment de chaleur en nous. Car l'eau, par exemple, est chaude, puisque ses parties sont fluides et en mouvement , qu'apparemment les poissons la trouvent chaude, et qu'elle est au moins plus chaude que la glace, dont les parties sont plus en repos ; mais elle est froide par rapport à nous , parce qu'elle a moins de mouvement que les parties de notre corps : cp qui a moins de mouvement qu'un autre étant en quelque mam'ère en repos à son égard. Ainsi ce n'est point par rapport au mouvement des fibres de notre corps qu'il faut définir la cause de la chaleur ou le mpuvement qui l'excite ; il faut, si on le peut, définir ce mouvement absolument et en lui-même , et alors les définitions (ju'on en donnera pourront servir à faire connaître la nature et les propriétés de la chaleur.

Je ne me crois pas obligé d'examiner davantage la philosophie d'Aristote, ni de démêler les erreurs extrêmement confuses et embarrassées de cet auteur. J'ai , ce me semble , fait voir qu'il ne prouve point ses quatre éléments, et qu'il les définit mal ; que ses qualités élémentaires ne sont pas telles qu'il le prétend , qu'il n'en connaît point la nature , et que toutes les qualités secondes n'en sont point composées ; et enfin , qu'encore qu'on lui accordât que tous les corps fussent composés des quatre éléments , comme le$ qualités secondes, des premiers, tout son système serait inutile à la recherche de la vérité, puisque ses idées ne sont pas assez claires pour conserver toujours Pévidence dans nos raisonnements.

Si on ne croit pas que j'aie exposé les véritables opinions d'Aristote, on peut s'en élaircir dans les livres qu'il a faits Du ciel et De la ijénéralion et corruption; car c'est de là que j'ai pris prescjue

|uo j'en ai dit. Je n'ai rfen voulu rapporter de ses huit physique , parce que ce n'est proprement qu'une espèce e, et que l'on n'y trouve que des mots vagues et indéterr lesquels il apprend comment on peut parler de la physiy rien comprendre.

3 Âristote se contredit souvent et qu'on peut appuyer pres- ;s sortes de sentiments par quelques passages tirés de lui, Il te point que l'on ne puisse prouver par Aristote même sentiments contraires à ceux que je lui ai attribués; mais ais pas garant. E sufBt que j'aie les livres que je viens de r preuve de ce que j'ai dit; et même je ne me mets guère

de discuter si ces livres sont ou ne sont pas d'Arislole, ou ne sont pas corrompus. Je prends Aristote tel qu'il est

le ï-eçoit ordinairement, car on ne doit pas se mettre eine de savoir la généalogie véritable des choses dont on grande estime ; outre que c'est un fait qu'il est impossible îclaircir, comme on le peut voir par les Discussions périls de Patritius.

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