‹ Œuvres de Malebranche (volume 3)Chapitre 169 sur 174 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

rauv qtti sont nécessaires potir se conduire par ordre dans la rfecherche de la vérité et dans le dioix des sciences.

u'on ne dise pas que je ne fais que détruire sans rien étaertain et d'incontestable dans cet ouvrage , il est à propoe pose ici en peu de mots Tordre que Ton doit garder dans es pour ne se point tromper, et que je marqué même quelités et quelques sciences très-nécessaires dans lesquelles il ntre une évidence telle qu'on ne peut s'empêcher d'y con- »ns souffrir les reproches secrets de sa raison. Je n'expli- )as ces vérités et ces sciences fort au long, c'est une chose e ; je ne prétends pas faire imprimer de nouveau les ouïes autres, je me contenterai d'y renvoyer. Je montrerai nt l'ordre qu'on doit tenir dans l'étude qu'on en voudra jr conserver toujours l'évidence dans ses perceptions. Lites nos connaissances, la première c'est l'existence de ûô- ; toutes nos pensées en sont des démonstrations incontestar il n'y a rien de plus évident que ce qui pense actuellement lellement quelque chose. Mais s'il est facile de connaître ice de son âme, il n'est pas si facile d'en connaître l'essence ture. Si l'on veut savoir ce qu'elle est, il faut surtout bien garde à ne la pas confondre avec les choses auxquelles elle

est unie. Si l'on doute, si l'on veut, si l'on raisonne, il faut seulement croire que Tanfie est une chose qui doute, qui veut, qui raisonne, et rien davantage, pourvu qu'on n'ait point éprouvé en elle d'autres propriétés ; car on ne connaît son àme que par le sentiment intérieur qu'on en a. Il ne faut pas prendre son âme pour son cx)rps, ni pour du sang, ni pour des esprits animaux, ni pour du feu , ni pour une infinité d'autres choses pour lesquelles les philosophes l'ont prise. 11 ne faut croire de l'âme que ce qu'on ne saurait s'empêcher d'en croire, et ce dont on est pleinement convaincu par le sentiment intérieur qu'on a de soi-même ; car autrement on se tromperait. Ainsi Ton connaîtra par simple vue ou par sentiment inté/ieur tout ce que l'on peut connaître de l'âme, sans être obligé à faire de.s raisonnements dans lesquels l'erreur se pourrait trouver. Car lorsque l'on raisonne, la mémoire agit; et où il y a mémoire il peut y avoir erreur, supposé qu'il y ait quelque mauvais génie de qui nous dépendions dans nos connaissances et qui se diverfisst^ i\ nous tromper.

Si je supposais, par exemple, un Dieu qui se plût à me séduire, je suis très-persuadé qu'il ne pourrait me tromper dans mes connaissances de simple vue, comme dans celle par laquelle je connais que je suis, de ce que je pense, ou que 2 fois deux font 4 ; car quand même je supposerais effectivement un tel Dieu si puissant que je puisse me le feindre , je sens que dans cette supposition extravagante je ne pourrais douter que je fusse , ou que 2 fois 2 ne fussent égaux à 4, parce que j'aperçois ces choses de simple vue sans l'usage de la mémoire.

Mais lorsque je raisonne, ne voyant point évidemment les principes de mes raisonnements, et me souvenant seulement que je les ai vus avec évidence, si ce Dieu trompeur joignait ce souvenir à de faux principes , comme il pourrait le faire s'il le voulait, je ne ferais que de faux raisonnements. De même que ceux qui font de longues supputations s'imaginent se bien souvenir qu'ils ont connu que 9 fois 9 font 72, ou que 24 est un nombre premier, ou quelque semblable erreur de laquelle ils tirent de fausses conclusions.

Ainsi il est nécessaire de connaître Dieu et de savoir qu'il n'est point trompeur, si l'on veut être pleinement convaincu que les • sciences les plus certaines, comme l'arithmétique et la géométrie, sont de véritables sciences; car sans cela l'évidence n'étant point entière, on peut retenir «son consentement. Et il est encore nécessaire de savoir par simple vue et non point par raisonnement que Dieu n'est point trompeur ; puisque le raisonnement peut toujours être faux, si l'on suppose Dieu trompeur.

es les preuves ordinaires de rexistence et des perfections 1 , tirées de l'existence et des perfections de ses créatures, me semble, ce défaut : qu'elles ne convainquent point l'esprit nple vue. Toutes ces preuves sont des raisonnements qui nvaincants en eux-mêmes; mais étant des raisonnements, sont point convaincants dans la supposition d'un mauvais (ui nous trompe. Us convainquent suffisamment qu'il y a une ice supérieure à nous, car même cette supposition extraval'élablit; mais ils ne convainquent pas pleinement qu'il y a u ou un être infiniment parfait. Ainsi dans ces raisonnements îUision est plus évidente que le principe. il plus évident qu'il y a une puissance supérieure à nous , est évident qu'il y a un monde; puisqu'il n'y a point dC'Supn qui puisse empêcher qu'on ne démontre cette puissance eure : au lieu que dans la supposition d'un mauvais génie plaise à nous tromper, il est impossible de prouver qu'il y monde. Car on pourrait toujours concevoir que ce mauvais nous donnerait les sentiments des choses qui n'existeraient comme le sommeil et certaines maladies nous font voir des qui ne furent jamais, et nous font même sentir effectiveie la douleur dans des membres imaginaires que nous n'a- )lus ou que nous n'avons jamais eus.

s les preuves de l'existence et des perfections de Dieu , tirées iée que nous avons de l'infini , sont preuves de simple vue. " lit qu'il y a un Dieu dès que l'on voit l'infini; parce que ence nécessaire est renfermée dans l'idée de l'infini , et qu'il rien que l'infini qui nous puisse donner l'idée que nous avons (tre infini ^. Le premier principe de nos connaissances est que int n'est pas visible ; d'où il suit que ^i l'on pense à l'infini , t qu'il soit. On voit aussi que Dieu n'est point trompeur, que, sachant qu'il est infiniment parfait et que l'infini ne nanquer d'aucune perfection, on voit clairement qu'il ne veut DUS séduire, et même qu'il ne le peut pas, puisqu'il ne peut Q qu'il veut ou que ce qu'il est capable de vouloir. Ainsi il y a eu et un Dieu véritable qui ne nous trompe jamais, quoine nous éclaire pas toujours et que nous nous trompions soulorsqu'il ne nous éclaire pas. Toutes ces vérités se voient de e vue par des esprits attentifs, quoiqu'il semble que nous •ns ici des raisonnements pour les exposer aux autres. On les supposer comme des principes incontestables sur lesquels

k'oyef les doux premiers RnlreHeni nnr In Métaphysique, et ci- dessus

If.- ■ •

m LIVRE SIXIÈME.

on peut raisonner ; car ayant reconnu (Jue Dieu ne se plaît point à nous troniper, il nous est alors permis de raisonner.

Il est évident que la certitude de la foi dépetid aussi de ce principe qu'il y a un Dieu qui n'est point capable de nous tromper. Car l'existence d'un Dieu et l'infaillibilité de l'autorité divine sont plutôt des connaissances naturelles et des notions communes à des esprits capables d'une sérieuse attention , que des articles de foi ; quoique ce soit un don particulier de Dieu que d'avoir l'esprit capable d'une attention suffisante pour comprendre comme il faut ces vérités, et pour vouloir bien s'appliquer à les comprendre.

De ce principe, que Dieu nesî point trompeur, on pourrait aussi conclure que nous avons effectivement un corps auquel nous sommes *unis d'une façon particulière, et que nous sotnmes* environnés de plusieurs autres. Car nous sommes intérieurement convaincus de leur existence par des sentiments continuels que Dieu produit en nous, et que nous ne pouvons corriger par la raison sans blesser la foi ; quoique nous puissions corriger par la raison les sentimerits qui nous les représentent avec certaines qualités et certaines perfections qu'ils n'ont point. De sorte que nous ne devons pas croire qu'ils sont tels que nous les voyons, ou que nous les imaginons, mais seulement qu'ils existent et qu'ils sont tels que nous les concevons par la raison.

Mais, a6n de raisonner par ordre, nous ne devons point encore examiner si nous avons un corps et s'il y en a d'autres autour de nous, ou si nous en avons seulement les sentiments quoique ces corps n'existent point. Cette question renferme de trop grandes difficultés, et il n'est peut-être pas si nécessaire de la résoudre pour perfectionner ses connaissances, qu'on pourrait se l'imaginer, ni même pour avoir une connaissance exacte de la physique, de la morale et de quelques autres sciences.

Nous avons en notis les idées des nombres et de l'étendue, des- ((uelles l'existence est incontestable et la nature immuable, qui nous fourniraient éternellement de ^ùoi penser, si nous en voulions connaître tous les rapports. El il esl nécessaire que nous conimencions à faire usage de notre esprit sur ces idées pour des raisons qu'il rie sera pas inutile d'exposer. Il y en a trois principales.

La preitiière esl que ces idées sont lés plus claires et les pins évidentes de toutes. Car si, pour éviter l'erreur, on doit toujours (îohserver l'évidence dans Ses raisonnements , il est clair que l'on doit plutôt raisonner sur les idées des nombres et de l'étendue, que sur les idées confuses ou composées de physique , de morale , de mécanique, dé chimie et de toutes les autres sciences.

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oconde ôst que ces idées sont les plus dislincles et les pliis i de toutes, principalement celles des nombres. De sorte (|ue ide qu'on prend dans rarithmétique et dans la géométrie de •oint contenter qu'on ne connaisse pi-écisément les rapports 3ses, donne à 1* esprit une certaine exactitude que n'ont 3ax qui se contentent des vraisemblances dont les autres 5 sont remplies.

oisiéme et la principale est que ces idées sont les règles }les et les mesures communes de toutes les autres choses is connaissons et que nous pouvons connaître. Ceux qui cont parfaitement les rapports des nombres et des figures, ou art de faire les cofriparaisons nécessaires pour en connaître )orts, ont une espèce de science universelle jBt un moyen sure polir découvrir avec évidence et certitude tout ce qui e point les bornes ordinaires de l'esprit. Mais ceux qiii n'ont 't arl ne peuvent découvrir avec certitude les vérités un iposées, quoiqu'ils aient des idées (fè^-claires des choses tiîchent de connaître les rapports composés, nt ces raisons ou de semblables qui ont porté quelques anfaire étudier rarithmétique, l'algèbre et la géométrie aux cens. Apparemment ils savaient que l'arithmétique et Talonnent de l'étendue à l'esprit et une certaine pénétration e peut acquérir par d'autres études, et que la géométrie bien l'imagination , qu'elle ne se fcroûille pas facilement ; 3 faculté de l'âme, si nécessaire pour les sciences, acquiert ige de la géométrie une certaine étendue de justesse qui !t qui conserve là vue claire de l'esprit jusque dans les difïi- )s plus embarrassées.

[ veut donc conserver toujours l'évidence dans seâ percep- ; découvrir la vérité toute pure sans mélange de quelque 5 ou de quelque erreur, on doit d'abord étudier farith- , l'algèbre et la géométrie, après avoir acquis au moins connaissance de soi-même et de 1 Être souverain. Et si ; avoir quelque livre qui facilite ces sciences, je crois que, 'on a dû se servir des Méditations de M. Descartes pour la ance de Dieu et de soi-même, on peut, pour apprendre 'tique et l'algèbre, se servir des Éléments des Mdthéinati- P. Prestet, prêtre de TOratoire ; et pour la géométrie ordî- 's Nouveaux Eléments de Géométrie, imprimés en 1683, ou lents du P. Tarquet, jésuite, imprimés à Anvers en 1665. A es sections coniques, des lieux géométriques et de leur usage résolution des prohibes, il faut se servir des traités (pie

M. le marquis de l'Hôpital en a composés , et qu'il va donner incessamment au public, auxquels on peut ajouter la Géométrie de M. Descartes avec les commentaires de Schooten. Enfin on s'appliquera au calcul différentiel et aux méthodes qu'on en tire pour l'intelligence des lignes courbes, ce qu'on trouvera traité à fond et avec beaucoup d'ordre et de netteté dans l'excellent ouvrage du marquis de l Hôpital, intitulé Analyse des infiniment petits.

On trouvera aussi le calcul différentiel et ses usages dans la 2^ partie du 2® volume de V Analyse démontrée^ et le calcul intégrai avec la manière de l'appliquer aux lignes courbes , aux problèmes mêlés de physique et de mathématique , dans la 3^ partie. Par la lecture de ces ouvrages , on se mettra en état de faire soi-même des découvertes et d'entendre celles qui se trouvent dans les Mémoires de l'Académie des sciences et dans les ouvrages des étrangers.

Lorsque l'on aura étudié avec soin et avec application ces sciences générales, on connaîtra avec évidence un très-grand nombre de vérités fécondes pour toutes les sciences exactes et particulières. Mais je crois devoir dire qu'il est dangereux de s'y 'arrêter trop long-temps. On doit pour ainsi dire les mépriser ou les négliger pour étudier la physique et la morale , parce que ces sciences sont beaucoup plus utiles, quoiqu'elles ne soient pas si propres pour rendre l'esprit juste et pénétrant. Et si Ton veut toujours conserver l'évidence dans ses perceptions, on doit bien prendre garde à ne se pas laisser entêter de quelque principe qui ne soit pas évident, c'est-à-dire de quelque principe dont on peut concevoir que les Chinois ne tomberaient point d'accord après qu'ils l'auraient bien considéré.

Ainsi pour la physique il ne faut admettre que les notions communes à tous les honimes, c'est-à-dire les axiomes des géomètres et les idées claires d'étendue, de figure, de mouvement et de repos, et, s'il y en a, d'autres aussi claires que celles-là. On dira peut-être que l'essence de la matière n'est point l'étendue, mais qu'importe? Il suffit que le monde que nous concevrons être formé d'étendue, paraisse semblable à celui que nous voyons, quoiqu'il ne soit point matériel de celte manière qui n'est bonne à rien, dont on ne connaît rien , et de laquelle cependant on fait tant de bruit.

Il n'est pas absolument nécessaire d'examiner s'il y a effectivement au dehors des êtres qui répondent à ces idées, car nous ne raisonnons pas sur ces êtres, mais sur leurs idées. Nous devons seulement prendre garde que les raisonnements qup nous faisons

nF. LA MÉTHODE. — ll« PARTIR. &4g

es propriétés des choses s'accordent avec les sentiments que

en avons, c'est-à-dire que ce que nous pensons s'accorde

Htement avec l'expérience, parce que nous tâchons dans la

ique de découvrir l'ordre et la liaison des effets avec leurs

es, ou dans les corps, s'il y en a , ou dans les sentiments que

en avons, s'ils n'existent point.

I n'est pas que l'on puisse douter qu'il y ait actuellement des », lorsque l'on considère que Dieu n'est point trompeur, et re réglé de nos sentiments , dans les rencontres naturelles et

celles qui n'arrivent que pour nous faire croire ce que nous ouvons naturellement comprendre; mais c'est qu'il n'est pas àsaire d'examiner d'abord par de grandes réflexions une chose personne ne doute, et qui ne sert pas de beaucoup à la aissance de la physique considérée comme une véritable ce.

ne faut point aussi se mettre en peine de savoir s'il y a ou y a pas dans les corps qui nous environnent quelques autres lés que celles dont on a des idées claires, car nous ne devons nnor que selon nos idées ; et s'il y a quelque autre chose dont n'ayons point d'idée claire, distincte et particulière, jamais n'en connaîtrons rien et jamais nous n'en raisonnerons juste, -être qu'en raisonnant selon nos idées, nous raisonnerons la nature , et que nous reconnaîtrons qu'elle n'est peut-être lussi cachée qu'on se l'imagine ordinairement.

même que ceux qui n'ont point étudié les propriétés des >res, s'imaginent souvent qu il n'est pas possible de résoudre ins problèmes quoique très-simples et très-faciles; ainsi ceux 'ont point médité sur les propriétés de l'étendue, des Ggures ) mouvements, sont extrêmement portés à croire et à soutenir outes les questions que l'on forme dans la physique sont inex- )les. Il ne faut point s'arrêter aux sentiments de ceux qui n'ont examiné, ou qui n'ont rien examiné avec l'application néces-

Car encore qu'il y ait peu de vérités touchant les choses de ture qui soient pleinement démontrées , il est certain qu'il y quelques-unes de générales dont il n'est pas possible de r, quoiqu'il soit fort possible de n*y pas penser, de les igno- ; de les nier.

l'on veut méditer avec ordre et avec tout le temps et toute ication nécessaire, on découvrira beaucoup de ces vérités nés dont je parle. Mais, afin qu'on puisse les découvrir aveci Je facilité, il est nécessaire de lire avec soin les principes de ilosophie de M^ Descartes, sans rien recevoir de ce qu'il dit

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que lorsque la force et l'évidence de ses raisons ne nous permettront point d'en douter.

Comme la morale est la plus nécessaire de toutes les sciences, il faut aussi l'étudier avec plus de soin; car c'est principalement dans cette science qu'il est dangereux de suivre les opinions des hommes. Mais afin de ne s'y point tromper et de conserver l'évidence dans ses perceptions, il ne faut méditer que sur des principes incontestables pour tous ceux dont le cœur n'est point corrompu par la débauche et dont l'esprit n'est point aveuglé par l'orgueil ; car îl n'y a point de principe de morale incontestable pour les esprits de chair et de sang , et qui aspirent à la qualité d'esprit fort. Ces sortes de gens ne comprennent pas les vérités les plus simples, ou, s'ils les comprennent, ils les contestent toujours par esprit de contradiction et pour conserver leur réputation d'esprits forts.

Quelques-uns de ces principes de morale les plus généraux sont : que Dieu ayant fait toutes choses pour lui , il a fait notre esprit pour le connaître et notre cœur pour l'aimer; qu'étant aussi juste et aussi puissant qu'il est, on ne peut être heureux si l'on ne suit ses ordres, ni malheureux si on les suit; que notre nature est corrompue , que notre esprit dépend de notre corps , notre raison de nos sens, notre volonté de nos passions; que nous sommes dans l'impuissance de faire ce que nous voyons clairement être de notre devoir, et que nous avons besoin d'un libérateur. Il y a encore plusieurs autres principes de morale, comme : que la retraite et la pénitence sont nécessaires pour diminuer notre union avec les objets sensibles, et pour augmenter celle que nous avons avec les biens intelligibles, les vrais biens, les biens de l'esprit; qu'on ne peut goûter de plaisir violent sans en devenir esclave ; qu'il ne faut jamais rien entreprendre par passion ; qu'il ne faut point chercher d'établissement en celte vie, etc. Mais parce que ces derniers principes dépendent des précédents el de la connaissance de l'homme, ils ne doivent point passer d'abord pour incontestables. SI l'on médite sur ces principes avec ordre et avec autant de soin et d'application que la grandeur du sujet le mérite , et si l'on ne reçoit pour vrai que les conclusions tirées conséquemment de ces jH^incîpes, ton aura une morale certaine et qui s'accordera parfiaitement avec celle de l'Évangile, quoiqu'elle ne soit pas si achevée ni si étendue. J'ai tâché de démontrer par ordre les Ibndements de la morale dans un traité particulier, mais je souhaite, et pour moi et pour les autres, qu'on donne un ouvrage et plus exact et plus achevé.

Il est vrai que dans les raisonnements de morale , il n'est pas si facile de conserver l'évidehce et l'exactitude que dans quelque:?

ciciiccs, et que la connaissance de Thomme est absolument re à ceux qui veulent pousser un peu loin cette science , et ir cela que la plupart des hommes n'y réussissent pas. Ils Bnt pas se consulter eux-mêmes pour reconnaître les faiie leur nature. Ils se lassent d'interroger le Maître qui nous 5 intérieurement ses propres volontés, lesquelles sont les luables et éternelles et les vrais principes de la morale. Ils nt point avec plaisir celui qui ne parle point à leurs sens , épond point selon leurs désirs, qui ne flatte point leur or- :ret; ils n'ont aucun respect pour des paroles qui ne frapint l'imagination par leur éclat, qui se prononcent sans ;t que Ton n'entend jamais clairement que dans le silence ilures. Mais ils consultent avec plaisir et avec respect Arislèque, ou quelques nouveaux philosophes qui les séduisent ou scurité de leurs paroles, ou par le tour de leurs expressions, la vraisemblance de leurs raisons.

is le péché du premier homn^ nous n'estimons que ce qui rt à la conservation du corps et à la commodité de la vie , î que nous découvrons ces sortes de biens par le moyen 5, nous en voulons faire usage en toutes rencontres. La saternelle qui est notre véritable vie, et la seule lumière qui lous éclairer^ ne luit souvent qu'à des aveugles et ne parle (lu'à des sourds lorsqu'elle ne parle que dans le secret de u, car nous sommes presque toujours répandus au dehors, nous interrogeons sans cesse toutes les créatures pour a\y- ) quelque nouvelle du bien que nous cherchons , il fallait , j'ai déjà dit ailleurs, que cette sagesse se présentât devant ians toutefois sortir hors de nous, afin de nou$ apprenir des paroles sensibles et par des exemples convaincants, lin pour arrivera la vraie félicité. Dieu imprime sans cessp ) un amour naturel pour lui , afin que nous l'aimions sans et par ce môme mouvement d'amour, nous nous éloignons sse de lui en courant de toutes les forces qu'il noî|§ donne 5 biens sensibles qu'il nous défend. Ainsi, voulant être aimé S il fallait qu'il se rendit sensible et se présentât devant pour arrêter, par la douceur de sa grâce, toutes no^ vainea \m , et pour commencer notre guérison par des sentiments délectations semblables aux plaisirs prévepanfs qui j^vaient ncé notre maladie.

i , je ne prétends pas que les hommes pjuissept facileoient rir par la force de leur esprit toutes; les règles de la morqle )t nécessaires au salut, et encore moins qu'ils puissent agir

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selon leur lumière, car leur cœur est encore plus corrompu que leur esprit. Je dis seulement que s'ils n'admettent que des principes évidents, et que s'ils raisonnent conséquemment sur ces principes, ils découvriront les mêmes vérités que nous apprenons dans l'Evangile; par ce que c'est la même sagesse qui parle immédiatement par elle-même à ceux qui découvrent la vérité dans l'évidence des raisonnements, et qui parle par les saintes écritures à ceux qui en prennent bien le sens.

Il faut donc étudier la morale dans l'Évangile pour s'épargner le travail de la méditation , et pour apprendre avec certitude les lois selon lesquelles nous devons régler nos mœurs. Pour ceux qui ne se contentent point de la certitude, à cause qu'elle ne fait que convaincre rpsprit sans l'éclairer, ils doivent méditer avec soin sur ces lois, et les déduire de leurs principes naturels, afin de connaître par la raison avec évidence ce qu'ils savaient déjà par la foi avec une entière certitude. C'est ainsi qu'ils se convaincront que l'Évangile est le plus solide de tous les livres, que Jésus-Christ connaissait parfaitement la maladie et le désordre de la nature, qu'il y a remédié de la manière la plus utile pour nous, et la plus digne de lui qui se puisse concevoir; mais que les lunriières des philosophes ne sont que d'épaisses ténèbres ; que leurs vertus les plus éclatantes ne sont qu'un orgueil insupportable; en un mot, qu'Anslole, Sénèque et les autres ne sont que des hommes, pour ne rien dire davantage.

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