s. Aug. Uv. 6, De Musica. Descartes, dans son Homme, etc
222 LIVRE THOISIKME,
Uelle entre la trislesâe et la douleur, ol l'on ne petit pas dire que la douleur ne soit autre chose qu'une connaissance de Tesprit jointe à une opposition de la volonté.
Pour toutes les autres sensations, comme sont les odeurs, les saveurs, les sons, les couleurs, la plupart des hommes ne pensent pas qu'elles soient des modifications de leur àme. Ils jugent au con-^ traire qu'elles sont répandues sur les objets, ou tout au moins qu'elles pe sont dans l'âme que comme l'idée d'un carré et d'un rond ; c'est-à-dire qu'elles sont unies à l'âme, mais qu'elles n en sont pas des modifications ; et ils en jugent aiqsi à cause qu'elles ne les touchent pas beaucoup, comme j'ai fait voir en expliquant le^ erreurs des sçns.
On croit donc qu'il faut tomber d'accord qu'on ne connaît pas toutes les modifications dont l'âme est capable , çt qu'outre celles qu'elle a par les organes des sens , \\ se peut fçtire qu'elle en ait encore une infinité d'autres qu'elle n'a point éprouvées et qu'elle n'éprouvera qu'après qu'elle sera délivrée de la captivité de soi| corps.
Cepeudapt il faut que l'on avoue que de même que la matière p'est capable d'une infmité de différentes configurations qu*à cause de son étendue , l'âme aussi n'est capable de différentes modifications qu'à cause d^ la pensée ; car il est visible que l'âme ne serait pas capable des modifications de plaisir, de douleur, ni même de toutes celles qui lui sont indifférentes, si ell^ n'était capable de perception ou de pensée.
Il nous sufïit donc de savoir que le principe de toutes ces modifipationg o'est la pensée. Si l'on veut même qu'il y ait dans l'âme quelque chose qui précède \^ pensée, je n'en veux point disputer; niais comme je suis sûr que personne n'a de connaissance d^ soq ame que par la pensée ou par le sentiment intérieur de tout ce qui se passe dans son esprit, je suis assuré aussi que si quelqu'un veut raisonner sur la nature de l'âme, il ne doit cQnsulter que ce sentiment intérieur qui le représente sans cesse à lui-même tel qu'il est, e[ ne pas s'jmaginer, contre sa propre conscience, que l'âme est un feu invisible , un air subtil , une harmonie ou autre chose semblable.