‹ Œuvres de MalebrancheChapitre 111 sur 229 · IV · texte numérisé non relu

IV

t06 RECHERCHE DE LA VERITE.

Ih n'est pas possible de s'être appliqué à quelque étude ou de faire actuellement profession de quelque science sans qu'on le sache ; on ne peut être auteur ou docteur sans s'en souvenir. Mais ce seul souvenir produit naturellement dans l'esprit de bien des gens un si grand nombre de défauts qu'il leur serait très-avantageux de n'avoir point la qualité dont ils se font honneur. Comme ils s'imaginent qu'elle fait leur plus bel endroit, ils la considèrent toujours avec plaisir; ils la présentent aux autres avec toute l'adresse possible, et ils prétendent qu'elle leur donne le droit déjuger de toutes choses sans les examiner. Si Ton est assez imprudent pour les contredire, ils tâchent d'abord d'insinuer avec adresse et avec un air de douceur et de charité ce qu'ils sont et le droit qu'ils ont de décider. Mais si Ton est ensuite assez hardi pour leur résister et qu'ils manquent de réponse, ils disent alors ouvertement et ce qu'ils pensent d'eux-mêmes et ce qu'ils pensent de ceux qui leur résistent.

Tout sentiment intérieur de quelque avantage que l'on possède enfle naturellement le courage. Un cavalier qui se sent bien monté et bien armé, qui ne manque ni de sang ni d'esprits, est prêt de tout entreprendre; la disposition où il se trouve le rend généreux et hardi. 11 en est de môme d'un homme d'étude, lorsqu'il se croit savant et que l'enlîure de son cœur lui a corrompu l'esprit. Il devient, si cela se peut dire, généreux et hardi contre la vérité. Quelquefois il la combat témérairement sans la rec'onnaître, et quelquefois il la trahit après l'avoir reconnue; et, se confiant dans sa fausse érudition, il est toujours prêt de soutenir l'affirmalive ou la négative, selon que l'esprit de contradiction le possède.

H n'en est pas de môme de ceux qui ne se piquent . point de science; ils ne sont point décisifs. 11 est rare

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