LIVRE CINQLIÉMR
Ainsi la haine, la crainte et les antres espèces d'aversions qui ont le mal pour objet sont des passions trèsviolentes. Elles donnent à l'esprit des secousses imprévuesquiTétourdissentet qui le troublent; elles pénètrent bientôt jusque dans le plus secret de l'âme, et renver^ sant la raison de son siège, elles prononcent sur toutes sortes de sujets des jugements d'erreur et d'iniquité pour favoriser leur folie et leur tyrannie .
De toutes les passions ce sont les plus cruelles et les plus défiantes, les plus contraires à la charité et à la société civile, et en même temps les plus ridicules et les plus extravagantes, car elles forment des jugements si impertinents et si bizarres, qu'ils excitent la risée et l'indignation de tous les hommes.
Ce sont ces passions qui mettaient dans la bouche des pharisiens ces discours extravagants : Que faisonsnom ? Cet homme fait plusieurs miracles. Si nous le laissons continuer^ tout le monde croira en lui^, les Romains viendront et ruineront notre ville et notre nation. Ils toxnbaien t d'accord que Jésus^Christ faisait plusieurs miracles, la résurrection de Lazare était incontestable. Quel était cependant le jugement de leurs passions? De faire mourir Jésus-Christ et Lazare même qu'il avait ressuscité. Mais pour quelle raison faire mourir Jésus-Christ? parce que si nous le laissons continuer j tout le monde croira en lui^ les Romains viendront et ruineront notre ville et noire nation. Et pourquoi vouloir donner la mort à Lazare? Parce que plusieurs Juifs se retiraient davec eux à cause de luiy et croyaient en Jésus ^, Jugements cruels et extravagants tout ensemble : cruels par la haine et extravagants par la crainte, les Romains viendront et t^ineront notre ville et notre nation.
1 Joan. XI, kl, » Joan. XXIV, 11.
252 RlîCHERCHB DE LA VERITE.
Ce sont ces mêmes passions qui faisaient dire à une assemblée composée d'Anne le grand prêtre, de Gaîphe, Jean, Alexandre, et de tous ceux qui étaient de la race tocerdotale : Que ferans-nous à ces gens-ci? car ils ont fait un miracle qui est connu de toute la ville, nous ne pouvons pas le nier. Mais afin que cela ne se répande pas davantage pamu le peuple^ menaçons-les de les punir s'ils continueni d'enseigner au nom de Jésus *.
' Tous ces grands hommes prononcent un jugemeut ÎJ^juste et impertinent tout ensemble, parce que leurs passions les agitent et que leur faux zèle les aveugle. Ils a'osent punir les apôtres à cause du peuple, et parce que l'homme qui avait été miraculeusement guéri avait plus de quarante ans et était présent à l'assemblée, mais ilis les menacent pour les empêcher d'enseigner au nom de Jésus. Ils s'imaginent devoir condamner une doctrine à cause qu'ils en ont fait mourir l'auteur. Vous voulez j disent-ils aux apôtres, nous charger du sang de cet homme ^.
liOrsque le faux zèlesejointàlahaine,illametàcou- Vjertdes reproches de laraison, etil lajustifîe de telle manière qu'on ferait môme scrupule de n en pas suivre les mouvements. Et lorsque l'ignorance et la faiblesse accompagnent la crainte, elles rétendent à une infinitéde sujets, et elles en fortifient de telle soi te les émotions, que le moindre soupçon effarouche et trouble la raison. • Les, faux ssélés s'imaginent rendre service à Dieu lorsqu'ils obéissent à leurs passions* Ils suivent aveuglément les inspirations secrètes de leur haine comme des inspirations de la vérité intérieure ; et s'arrêtant avec plaisir aux preuves de sentiment, qui justifient leur excès, ils se confirment dans leurs erreurs avec uae opiniâtreté insurmontable.
* Ad, IV.
« Act. V.