LIVRE CINQUIEME
Pour les ignorants et les esprits faibles^ ils se font des sujets de crainte imaginaires et ridicules. Ils ressemblent aux enfants qui marchent dans les ténèbres sans guide et sans flambeau; ils se figurent des spectres épouvantables, als se troublent et se récrient comme si tout était perdu. La lumière les rassure s'ils sont ignorants; mais si ce sont des esprits faibles^ leur imagination en demeure toujours blessée. La moindre chose qui a quelque rapport à ce qui les a effrayés, renouvelle les traces et le cours des esprits qui causent le symptôme de leur crainte. Il est absolument impossible de les guérir ou de les apaiser pour toujours.
Mais lorsque le faux zèle se rencontre avec la haine et la crainte dans un esprit faible, il se produit sans cesse dans cet esprit des jugements si injustes et si violents qu'on ne peut y penser sans horreur. Pour changer un esprit possédé de ces passions il faut un plus grand miracle que celui qui convertit saint Paul, et sa guérison serait absolument impossible si Ton pouvait donner des bornes à la puissance et à la miséricorde de Dieu.
Ceux qui marchent dans l'obscurilé se réjouissent à la vue de la lumière; celui-ci ne peut la souffrir. Elle le blesse, car elle résiste à sa passion. Sa crainte étant en quelque façon volontaire à cause que sa haine la produit, il se plaît d'en être frappé, parce qu'on se plaît d'être agité des passions mômes qui ont le mal pour objet lorsque le mal est imaginaire, ou plutôt lorsque Ton sait, comme dans les spectacles, que le mal ne peut nous blesser.
Les fantômes que se figurent ceux qui marchent dans les ténèbres s'évanouissent à la lumière d'un flambeau, mais les fantômes de celui-ci ne se dissipent point à la lumière de la vérité. Elle ne peut pas facilement percer les ténèbres de son esprit, elle ne fait qu'irriter