‹ Œuvres de MalebrancheChapitre 16 sur 229 · LIVRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIEME

il est juste'que nous soyons curieux pour les nouvelles découvertes, et toujours inquiets dans la jouissance des biens ordinaires.

Si un géomètre nous venait donner de nouvelles propositions contraires à celles d'Euclide, s'il prétendait prouver que cette science est pleine d'erreurs, comme Hobbés l'a voulu faire dans le livre qu'il a composé contre le faste des géomètres ^ y Biyone qu'on aurait tort de se plaire dans cette sorte de nouveauté, parce que, quand on a trouvé la vérité, il y faut demeurer ferme, puisque la curiosité ne nous est donnée que pour nous porter à la découvrir. Aussi n'est-ce pas un défaut ordinaire aux géomètres d'être curieux des opinions nouvelles de géométrie. Ils se dégoûteraient bientôt d'un livre qui ne contiendrait que des propositions contraires à celles d'Euclide, parce que, étant très-certains de la vérité de ces propositions par des démonstrations incontestables, toute notre curiosité cesse à leur égard; marque infaillible que les hommes n'ont de l'inclination pour la nouveauté que parce qu'ils ne voient point avec évidence la vérité des choses qu'ils désirent naturellement de savoir et qu'ils ne possèdent point des biens infinis qu'ils souhaitent naturellement de posséder.

II. Il est donc juste que les hommes soient excités par la nouveauté et qu'ils l'aiment; mais il y a pourtant des exceptions à faire, et ils doivent observer certaines règles qu'il est facile de tirer de ce que nous venons de dire, que l'inclination pour la nouveauté ne nous est donnée que pour la recherche de la vérité et de notre véritable bien.

Il y en a trois, dont la première est que les hommes nedoivent point aimer la nouveauté dans les choses de la foi qui ne sont point soumises à la raison ;

La seconde, que la nouveauté n'est pas une raison

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