‹ Œuvres de MalebrancheChapitre 165 sur 229 · LIVRE DIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIEME

envoyer par de certains nerfs vers de certains muscles pour les enfler et les raccourcir, car c'est ainsi que le " bras qui y est attaché se remue, ou selon le sentiment de quelques autres on ne sait encore comment cela se fait. Et nous voyons que les hommes qui ne savent pas seulement s'ils ont des esprits, des nerfs et des muscles remuent leur bras, et le remuent même avec plus d'adresse et de facilité que ceux qui savent le mieux Tana- . tomie. C'est donc que les hommes veulent remuer leur J bras et qu'il n y a que Dieu qui le puisse et qui le sache remuer. Si un homme ne peut pas renverser une tour, du moins sait-il ce qu'il faut faire pour la renverser; mais il n'y a point d'homme qui sache seulement ce qu'il faut faire pour remuer un de ses doigts par le moyen des esprits animaux. Gomment donc les hommes pourraient-ils remuer leurs bras? Ces choses me paraissent évidentes et, ce me semble, à tous ceux qui veulent penser, quoi qu'elles soient peut-être incompréhensibles à tous ceux qui ne veulent que sentir.

Mais non-seulement les hommes ne sont point les véritables causes des mouvements qu'ils produisent dans leur corps, il semble même qu'il y ait contradiction qu'ils puissent l'être. Une cause véritable est une cause entre laquelle et son efiTet l'esprit aperçoit une liaison nécessaire, c'est ainsi que je l'entends. Or il n'y a que l'être infiniment parfait entre la volonté duquel et les effetsFesprit aperçoive une liaison nécessaire. H n'y a donc que Dieu qui soit véritable cause et qui ait véritablement la puissance de mouvoir les corps. Je dis de plus qu'il n'est pas concevable que Dieu puisse communiquer aux hommes ou iiux anges la puissance qu'il a de remuer les corps, et que ceux qui prétendent que le pouvoir que nous avons de remuer nos bras est une véritable puissance, doivent avouer que Dieu peut aussi donner aux esprits la puissance de créer, d'anéantir, de

faire toutes les choses possibles, en un mot qu'il peut les rendre tout-puissants, comme je vais le faire voir.

Dieu n'a prfs besoin d'instruments pour agir, il suffît qu'il veuille * afin qu'une chose soit, parce qu'il y a contradiction qii'il veuille et que ce qu'il veut ne soit pas. Sa puissance est donc sa volonté, et communiquer sa puissance c'est communiquer l'efficace de sa volonté. Mais communiquer cette efficace à un homme ou à un ange ne peut signifier autre chose que vouloir que, lorsqu'un homme ou qu'un ange voudra qu'un tel corps, par exemple, soit mû, ce corps soit effectivement mû. Or, en ce cas, je vois deux volontés qui concourent lorsqu'un ange remuera un corps, celle de Dieu et celle de l'ange; et afin de connaître laquelle des deux sera la véritable cause du mouvement de ce corps, il faut savoir quelle est celle qui est efficace. Il y a une liaison nécessaire entre la volonté de Dieu et la chose qu'il veut. Dieu veut en ce cas que, lorsqu'un ange voudra qu'un tel corps soit mû, ce corps soit mû. Donc il y a une liaison nécessaire entre la volonté de Dieu et le mouvement de ce corps; et par conséquent c'est Dieu qui est véritable cause du mouvement de ce corps, et la volonté de l'ange n'esjt que cause occasionnelle.

Mais pour le faire voir encore plus clairement, supposons que Dieu veuille faire le contraire de ce que voudraient quelques esprits, comme on le peut penser des démons ou de quelques autres esprits qui méritent cette punition; on ne pourrait pas dire en ce cas que Dieu leur communiquerait sa puissance, puisqu'ils ne pourraient rien faire de ce qu'ils souhaiteraient. Cependant les volontés de ces esprits seraient des causes naturelles des effets qui se produiraient. Tels corps ne

1 II est clair que je parle ici des volontés pratiques, ou des volontés que Dieu a lorsqu'il prétend agir.

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