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facilement avec les questions que Ton expose clairement, et qu*il est facile de résoudre ; parce qu'on re- . connaît évidemment qu'ils ne signifient rien. Les philosophes ne peuvent, par leurs principes, expliquer comment des chevaux tirent un chariot, comment la poussière arrête une montre, comment le tripoli nettoie les métaux et les brosses les habits. Car ils se rendraient ridicules à tout le monde, s'ils supposaient un mouvement d'attraction et des facultés attractrices^ pour expliquer d'oîi vient que les chariots suivent les chevaux qui y sont attelés, et une faculté détersive dans des brosses pour nettoyer des habits, et ainsi des autres questions. De sorte que leurs grands principes ne sont utiles que pour les questions obscures, parce qu'ils sont incompréhensibles.
Il ne faut donc point s'arrêter à aucun de tous ces principes, que Ton ne connaît point clairement et évidemment, et que l'on peut penser que quelques nations ne reçoivent pas. Il faut considérer avec attention les idées que Ton a d'étendue, de figure et de mouvement local, et les rapports que ces choses ont entre elles. Si on conçoit distinctement ces idées, et si on les trouve si claires qu'on soit persuadé que toutes les nations les ont reçues dans tous les temps, il faut s'y arrêter et en examiner tous les rapports ; mais si on les trouve obscures, il en faut chercher d'autres, si Ton en peut trouver. Car si, pour raisonner sans crainte de se tromper, il est nécessaire de conserver toujours l'évidence dans ses perceptions, il ne faut raisonner que sur des idées claires et sur leurs rapports clairement connus.
Pour considérer par ordre les propriétés de l'éten- / due, il faut, comme a fait M. Descàrtes, commencer par leurs rapports les plus simples, et passer des plus simples aux plus composés, non seulement parce que
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cette manière est naturelle et qu'elle aide l'esprit dans ces opérations, mais encore parce que, Dieu agissant toujours avec ordre et par les voies les plus simples, cette manière d'examiner nos idées et leurs rapports nous fera mieux connaître ses ouvrages. Et si Ton considère que les rapports les plus simples sont toujours ceux qui se présentent les premiers à Timagination, lorsqu'elle n'est point déterminée à penser plutôt à une chose qu'à une autre, on reconnaîtra qu'il suffit de regarder les choses avec attention et sans préoccupation, pour entrer dans cet ordre que nous prescrivons et pour découvrir des vérités très-composées, pourvuqu'on ne veuille point courir trop vite d'un sujet à un autre.
Si Ton considère donc avec attention l'étendue, on conçoit sans peine qu'une partie peut ôtre séparée d'une autre, c'est-à-dire que l'on conçoit sans» peine le mouvement local, et que ce mouvement local produit une figure dans l'un et dans l'autre des corps qui sont mus. De tous les mouvements, le plus simple et le premier qui se présente à l'imagination, c'est le mouvement en ligne droite. Supposez donc qu'il y ait quelque partie d'étendue qui se meuve par un mouvement en ligne droite, il est nécessaire que celle qui se trouve dans le lieu où cette première étendue se va rendre, se meuve circulairement pour prendre la place que l'autre quitte, et ainsi qu'il se fasse un mouvement circulaire. Que si l'on conçoit une infinité de mouvements en ligne droite, dans une infinité de semblables parties decelteétendueimmensequenousconsidérons, il est encore nécessaire que tous ces corps s'empêchant lesuns les autres conspirent tous par leur mutuelle action et réaction, je veux dire par la mutuelle communication de tous leurs mouvements particuliers, à se mouvoir par un mouvement circulaire.
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Celte première considération des rapports les plus simples de nos idées nous fait déjà reconnaître la nécessité des tourbillons de M. Descartes : que leur nombre sera d'autant plus grand, que, les mouvements en ligne droite de toutes les parties de l'étendue ayant été plus contraires les uns aux autres, ils auront eu plus de difficulté à s'accommoder d'un môme mouvement; et que de tous ces tourbillons ceux-là seront les plus grands où il y aura plus de parties qui auront conspiré au même mouvement, ou dont les parties auront eu plus de force pour continuer leur mouvement en ligne droite.
Mais il faut prendre garde à ne pas dissiper ni fatiguer son esprit en s'appliquant inutilement au nombre infini et à la grandeur immense des tourbillons. Il faut d'abord s'arrêter quelque temps à quelqu'un de ces tourbillons et rechercher par ordre, et avec attention, tous les mouvements de la matière qu'il renferme, et toutes les figures dont toutes les parties de cette matière se doivent revêtir.
Gomnâe il n'y a que le mouvement en ligne droite qui soit simple, il faut d'abord considérer ce mouvement, comme celui selon lequel tous les corps tendent sans cesse à se mouvoir, puisque Dieu agit toujours selon les voies les plus simples, et qu'en effet les corps ne se meuvent circulairement que parce qu'ils trouvent des oppositions continuelles dans leurs mouvements directs. Ainsi tous les corps n'étant pas d'une égale gran- (feur, et ceux qui sont les plus grands ayant plus de force à continuer leur mouvement en ligne droite que les autres; on conçoit facilement que les plus petits de tous les corps doivent être vers le centre du tourbillon , et les plus grands vers la circonférence, puisque les lignes que l'on conçoit être décrites par les mouvements des corps qui sont à la circonférence approchent plus
de la droite que celles que décrivent les corps qui sont proches du centre.
Si Ton pense de nouveau que chaque partie de cette matière n'a pu se mouvoir d'abord, et trouver sans cesse quelque opposition à son mouvement, sans s'ar» rondir et sans rompre ses angles; on reconnaîtra facilement que toute cette étendue ne sera encore composée que de deux sortes de corps : de boules rondes qui tournent sans cesse sur leur centre en plusieurs façons différentes et qui outre leur mouvement particulier sont encore emportées par le mouvement commun du tourbillon *; et d'une manière très-fluide et très-agitée, qui aura été engendrée par le froissement des boules dont on vient de parler. Outre le mouvement circulaire com* mun à toutes les parties du tourbillon, cette matière subtile aura encore un mouvement particulier en li^gne presque droite du centre du tourbillon vers la circonférence, parles intervalles des boules qui leur laissent le passage libre : de sorte que leur mouvement, composé de ces mouvements, sera en ligne spirale. Cette matière fluide, que M. Descartes appelle le premier élément, étant divisée en des parties beaucoup plus petites, et qui ont beaucoup moins de force pour continuer leur mouvement en ligne droite que les boules, ou le second élément; il est évident que ce premier élément doit être dans le centre du tourbillon, et dans les intervalles qui sont entre les parties du second, et que les parties du second doivent remplir le reste du tourbil» Ion, et approcher de sa circonférence à proportion de la grosseur ou de la force qu'elles ont pour continuer
1 M. Descartes croit que ces petites boules sont dures par ellesmêmes ; mais ce sont plutôt de petits tourbillons d'une matière fluide. Ainsi que je le dirai dans l'Eclaircissement sur la matière et les couleurs^ mon dessein n'est ici que de donner quelque idée du système de M. Descartes.
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leur mouvement en ligne droite. Quant à la figure de tout le tourbillon, on ne peut douter, par les choses qu'on vient de dire, que Téloignement d'un pôle à l'autre ne soit bien plus petit que la ligne qui traverse Téquateur *. Et si Ton considère que les tourbillons s'environnent les uns les autres et se pressent inégalement, on verra encore clairement que leur équateur est une ligne courbe, irrégulière et qui peut approcher de l'ellipse.
Voilà les choses qui se présentent naturellement à l'esprit lorsque Ton considère avec attention ce qui doit arriver aux parties de l'étendue qui tendent sans cesse à se mouvoir en ligne droite ; c'est-à-dire, par le plus simple de tous les mouvements. Si l'on veut maintenant supposer une chose qui semble très-digne de la sagesse et de la puissance de Dieu, savoir : qu'il a formé tout d'un coup l'univers dans le môme état, que ses parties se seraient arrangées avec le temps, selon les voies les plus simples, et qu'il les conserve aussi par les mêmes lois naturelles ; en un mot, si l'on veut faire application de nos pensées avec les objets que nous voyons : on pourra juger que le soleil est le centre du tourbillon ; que la lumière corporelle qu'il répand de tous côtés n'est autre chose que l'effort continuel des petites boules qui tendent à s'éloigner du centre du tourbillon ; et que cette lumière doit se communiquer en un instant par des espaces immenses, parce que tout étant plein de ces boules on ne peut en presser une qu'on ne presse toutes les autres qui lui sont opposées.
On pourra encore déduire de ce que je viens de dire plusieurs autres conséquences; car les principes les
> Par éguafeur, j'entends la ligne courbe la plus grande que la matière du tourbillon décrive.
plus simples sont les plus féconds, pour expliquer les ouvrages de celui qui agit toujours selon les voies les plus simples. Mais on a besoin de considérer encore certaines choses qui doivent arriver à la matière. Nous devons donc penser qu'il y a plusieurs tourbillons semblables à celui que nous venons de décrire en peu de paroles : que les centres de ces tourbillons sont les étoiles, lesquelles sont autant de soleils : que les tourbillons s'environnent les uns les autres, et qu'ils sont rangés de telle manière, qu'ils se nuisent le moins qu'il se peut dans leurs mouvements, mais que les choses n'ont pu en venir là que les plus faibles des tourbillons n'aient été entraînés et comme engloutis par les plus forts. . ,
Pour comprendre ceci, il n'y a qu'à penser que le premier élément qui est dans le centre d'un tourbillon, peut s'échapper et s'échappe sans cesse par les intervalles des boules, vers la circonférence du même tourbillon ; et que dans le temps que c^ centre ou cette étoile se vide par son équateur, ri doit y rentrer d'autre premier élément par ses pôles : car cette étoile ne se peut vider d'un côté qu'elle ne se renpplisse de l'autre, puisqu'il n'y a point de vide dans le monde comme je le suppose ici, et qu'il est facile de le prouver par les effets naturels, par la transmission, par exemple, de la lumière. Mais, comme il peut y avoir une infinité de causes qui peuvent empêcher qu'il i^'entre beaucoup du premier élément dans cette étoile dont nous parlons, il est nécessaire que les parties du premier élément qui sont obligées de s'y arrêter s'accommodent pour se mouvoir dans un môme. sens. C'est ce qui fait qu'elles s'attachent et se lient les unes aux autres et qu'elles forment des taches qui,s*épaississant en croûtes, couvrent peu à peu ce centre et font du plus subtil et du plus agité de tous les corps, une matière solide et
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grossière. C'est cette matière grossière, que M. Descartes appelle le troisième élément ; et il faut remarquer que, comme elle est engendrée du premier dont les figures sont infinies, elle doit être revêtue d'une infinité de formes différentes.
Celte étoile^ ainsi couverte de taches et de^ croûtes, et devenue comme les autres planètes, n'a plus la force de soutenir et de défendre son tourbillon contre Teffort continuel de ceux qui l'environnent. Ce tourbillon diminue donc peu à peu ; la matière qui le compose se répand de toutes parts : et le plus fort des tourbillons d'alentour en entraîne la plus grande partie, et enveloppe enfin la planète qui en est le centre. Cette planète se trouvant tout entourée de la matière de ce grand tourbillon, elle y nage, en conservant avec quelque peu de la matière de son tourbillon, le mouvement circulaire qu'elle avait auparavant; et elle y prend enfin une situation qui la met en équilibre avec un égal volume de la matière dans laquelle elle nage. Si elle a peu de solidité et de grandeur, elle descend fort proche du centre du tourbillon qui l'a enveloppée, parce qu'ayant peu de force pour continuer son mouvement en ligne droite, elle doit se placer dans l'endroit de ce tourbillon où un égal volume du second élément a autant de force qu'elle pour s'éloigner du centre ; car elle ne peut être en équilibre qu'en cet endroit. Si cette planète est plus grande etplus*solide, elle doit se mettre en équilibre dans un lieu plus éloigné du centre du tourbillon. Et enfin s'il n'y a dans le tourbillon aucun lieu, où un égal volume de sa matière ait autant de solidité que cette planète, et par conséquent autant de force pour continuer son mouvement en ligne droite, à cause que cette planète sera peut-être fort grande et couverte de croûtes fort solides et fort épaisses ; elle ne pourra s'arrêter dans ce tourbillon,
puisqu'elle ne pourra s'y mettre en équilibre avec la matière qui le compose. Cette planète passera donc dans les autres tourbillons ; et si elle n'y trouve point son équilibre, elle ne s'y arrêtera point aussi. De sorte qu'on la verra quelquefois passer comme les comètes, lorsqu'elle sera dans notre tourbillon, et assez proche de nous pour cela ; et l'on ne la verra de longtemps lorsqu'elle sera dans les autres tourbillons, ou dans l'extrémité du nôtre.
Si l'on pense maintenant qu'un seul tourbillon, par sa grandeur, par sa force et par sa situation avantageuse peut miner peu à peu, envelopper et entraîner enfin plusieurs tourbillons, et des tourbillons même qui en auraient surmonté quelques autres ; il sera nécessaire que les planètes qui se seront faites dans les centres de ces tourbillons, étant entrées dans le grand tourbillon qui les aura vaincues, s'y mettent en équilibre avec un égal volume de la matière dans laquelle elles nagent. De sorte que si ces planètes sont inégales en solidité, elles seront dans une distance inégale du centre du tourbillon dans lequel elles nageront. Et s'il se trouve que deux planètes aient à peu près la même force pour continuer leur mouvement en ligne droite, ou qu'une planète entraine dans son petit tourbillon une ou plusieurs autres plus petites planètes, qu'elle aura vaincues selon notre manière de concevoir la formation des choses; alors c^s petites planètes tourneront autour de la plus grande, tandis que la plus grande tournera sur son centre : et toutes ces planètes seront emportées par le mouvement du grand tourbillon dans une distance presque égale de son centre.
Nous sommes obligés, en suivant les lumières de la raison, d'arranger ainsi les parties qui composent le monde, que nous imaginons se former par les voies les plus simples. Car tout ce qu'on vient de dire n'est