‹ Œuvres de MalebrancheChapitre 171 sur 229 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

appuyé que sur Fidée que l'on a de retendue, dont on a supposé que les parties tendent à se mouvoir par le mouvement le plus simple, qui est le mouvement en ligne droite. Et lorsque nous examinons par les effets, si nous ne sommes point trompés en voulant expliquer les choses par leurs causes, nous sommes comme surpris de voir que les phénomènes des corps èélestes s'accommodent parfaitement avec ce qu'on vient de dire. Car nous voyons que toutes les planètes qui sont au milieu d'un petit tourbillon, tournent sur leur propre centre comme le soleil ; qu'elles nagent toutes dans le tourbillon du soleil et autour du soleil ; que les plus petites ou les moins solides sont les plus proches du soleil, et les plus solides et les plus éloignées ; et qu'il y en a aussi, comme les comètes, qui ne peuvent demeurer dans le tourbillon du soleil; enfin, qu'il y a plusieurs planètes qui en ont encore plusieurs autres petites qui tournent autour d'elles, comme la lune autour de la terre. Jupiter en a quatre et Saturne cinq, aussi est-il le plus grand. Peut-être môme que Saturne en a un si grand nombre de si petites, qu'elles font le même effet qu'un cercle continu, qui semble n'avoir point d'épaisseur à cause de son grand éloignement. Ces planètes étant les plus grandes que nous voyons, on peut les considérer comme ayant été engendrées de tourbillons assez grands pour ^n avoir vaincu d'autres avant que d'avoir été enveloppées dans le tourbillon où nous sommes.

Toutes ces planètes tournent sur leur centre, la Terre en vingt-quatre heures, Mars en vingt-cinq ou environ, Jupiter en dix helires ou environ, etc. Elles tournent autour du soleil; Mercure, qui en est le plus proche, environ en trois mois; Saturne, qui en est le plus éloignée, environ en trente années ; et celles qui sont entre deux en plus ou moins de temps, mais non pas tout

à fait dans la proportion de leur distance. Car toute la matière dans laquelle elles nagent, fait son tour plus vite lorsqu'elle est plus proche du soleil, parce que la ligne de son mouvement est plus petite. Lorsque Mars est opposé au soleil il est assez proche de la terre, et il en est extrêmement éloigné lorsqu'il lui est joint. Il en est de même des planètes supérieures, Jupiter et Saturne ; car les inférieures, comme Mercure et Vénus, ne sont jamais opposées au soleil à proprement parler. Les lignes que toutes les planètes semblent décrire autour de la terre ne sont point des cercles, mais elles approchent fort des ellipses ; et toutes ces ellipses paraissent fort différentes, à cause des différentes situations des planètes à notre égard. Enfin tout ce qu'on remarque dans le*s cieux, avec certitude, touchant le mouvement des planètes, s'accommode parfaitement avec ce que l'on vient de dire de leur formation suivant les voies les plus simples.

Il y a bien des gens qui regardent les tourbillons de M. Descartes comme de pures chimères. Cependant rien n'est plus facile à démontrer, en supposant : 1° que tout corps mû tend à se mouvoir en ligne droite; 2° que les planètes ont des mouvements circulaires, deux vérités certaines par l'expérience. Car il est clair que si Jupiter, par exemple, était mû dans le vide, il irait toujours en ligne droite ; et que s'il était mû dans une matière qui ne fit pas un tourbillon ou qui ne tournât point à l'entour du soleil, non-seulement il continuerait toujours d'aller en ligne ou droite ou du moins spirale, mais il perdrait peu à peu son mouvement en le communiquant au fluide qu'il déplacerait. Il faut donc que la matière céleste fasse un tourbillon et que chaque planète s'y place de telle manière que son effort pour s'éloigner du soleil fasse équilibre avec l'effort d'un égal volume de cette matière, c'est-à-dire que la

Page 1