LIVRE SIXIÈME
distinclement et par idée, on ne les connaît que par conscience ou par sentiment intérieur.
On ne doit point aussi défiilir la chaleur^ qui est hors de nous, par quelques effets; car si Ton substitue à sa place la définition qu'on lui donnera, Ton verra bien que cette définition ne sera propre qu*à nous jeter dans Terreur. Si, par exemple, on définit la chaleur ce qui assemble les choses de même genre, sans rien dire davantage, on pourra, en suivant cette définition, prendre pour de la chaleur des choses qui n'y ont aucun rapport. On pourra dire que l'aimant assemble la limure de fer et la sépare de celle de l'argent, parce qu'il est chaud; qu'un pigeon mange le chénevis et laisse Taulre grain parce qu'un pigeon est chaud ; qu'un avare sépare ses louis d'or d'avec son argent parce qu'il est chaud. Enfin il n'y a point d'extravagance oii cette définition n'engageât, si l'on était assez stupide pour la suivre. Cette définition n'explique donc point la nature de la chaleur, et Ton ne peut s'en servir pour en déduire toutes les propriétés, puisque, si l'on s'arrête précisément à ses termes, on conclut des impertinences, et que si on la met à la place du défini, on tombe dans le galimatias.
Cependant si on a soin de distinguer la chaleur de ce qui la cause, quoique l'on ne puisse pas la définir, puisqu'elle est une modification de l'âme dont on n'a point d'idée claire, on peut en définir la cause, puisqu'on a une idée distincte dii mouvement* Mais il faut prendre garde que la chaleur prise pour un tel mouvement ne cause pas toujours le sentiment de chaleur en nous. Car l'eau, par exemple, est chaude, puisque ses parties sont fluides et en mouvement, qu'apparemment les poissons la trouvent chaude, et qu'elle est au moins plus chaude que la glace, dont les parties sont plus en repos; mais elle est froide par rapport à nous,
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parce qu'elle a moins de mouvement que les parties de notre corps: ce qui a moins de mouvement qu'un autre étant en quelque manière en repos à son égard. Ainsi ce n*est point par rapport au mouvement des fibres de notre corps qu'il faut déflnîr la cause de la chaleur ou le mouvement qui l'excite ; il faut, si on le peut, définir ce mouvement absolument et en luimême, et alors les définitions qu'on en donnera pourront servir à faire connaître la nature et les propriétés de la chaleur.
Je ne me crois pas obligé d'examiner davantage la philosophie d'Aristote, ni de démêler les erreurs extrêmement confuses et embarrassées de cet auteur. J'ai, ce me semble, fait voir qu'il ne prouve point ses quatre éléments, et qu'il les définit mal ; que ses qualités élémentaires ne sont pas telles qu'il le prélend, qu'il n'en connaît point la nature, et que toutes les qualités secoydes n'en sont point composées ; et enfin, qu'encore qu'on lui accordât que tous les corps fussent composés des quatre éléments, comme les qualités secondes, des premiers, tout son système serait inutile à la recherche de la vérité, puisque ses idées ne sont pas assez claires pour conserver toujours l'évidence dans nos raisonnements .
Si on ne croit pas que j'aie exposé les véritables opinions .d'Aristote, on peut s'en éclaircir dans les livres qu'il a faits Du ciel et De Id génération et corruption ; car c'est de là que j'ai pris presque tout ce que j'en ai dit. Je n'ai rien voulu rapporter de ses huit livres de physique, parce que ce n'est proprement qu'une espèce de logique, et que roil n'y trouve que des mots vagues et indéterminés par lesquels il apprend comment on peut parler de la physique sans y rieii comprendre.
Gomme Aristoté se contredit souvent et qu'on peut appuyer presque toutes sortes de sentiments par quel-