‹ Œuvres de MalebrancheChapitre 196 sur 229 · IV · texte numérisé non relu

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i\9 RECHERCHB BS LA VÉRITÉ.

tenus à se répandre dans les parties extérieures du corps d'une manière piropre pour le faire retirer. Ils demeurent d'accord que toutes ces choses ou de semblables se peuvent rencontrer dans les animaux , et qu'elles s'y rencontrent efTectivement, parce qu'elle» ne sont que des propriétés de corps. Et les péripatéliciens en conviennent.

Les cartésiens disent de plus que, dans les hommes, l'ébranlement des fibres du cerveau est accompagné du sentiment de chaleur et que le cours des esprits ani-^ maux vers le cœur et vers les viscères est suivi de laf passion de haine ou d'aversion ; mais ils nient que ces sentiments et ces passions de l'âme se rencontrent dans les bêtes. Les péripatéticiens assurent au contraire que tes bêtes sentent aussi bien que nous cette chaleur; qu'elles ont comme nous de l'aversion pour tout ce qui les incommode ; et généralement qu'elles sont capablés de tous les sentiments et de toutes les passions que nous ressentons. Les cartésiens ne pensent pas que les bêtes sentent de la douleur ou du plaisir, ni qu'elles aiment ou qu'elles haïssent aucune chose, parce qu'ils n'admettent rien que de matériel dans les bêtes et qu'ils ne croient pas que les sentiments ni les passions soient des propriétés de la matière telle qu'elle puisse être; Quelques péripatéticiens, au contraire, pensent que la matière est capable de sentiment et de passion lorsqu'elle est, disent-ils, subtilisée ; que les bétes peuvent sentir par le moyen des esprits animaux, c'est-à-dire par le moyen d'une matière extrêmemeïit subtile et délicate, et que l'âme même n'est capable de sentiment et de passion qu'à cause qu'elle est unie h cette matière.

Ainsi, pour résoudre la question si les bêtes ont une âme, il 'faut rentrer en soi-même et considérer- avec toute l'attention dont on est capable l'idée que l'on a de

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ia matière.^Ët si Ton cdoQQÎt :qu« l^stm^tière, figuï*ée d'une telle maoière, comme en carré, en rond, en ovale, soit de la douleur, du plaisir, de la chateur, de la couleur, de Todeur, du son, etc., on peut ai^surer que Tâme des bêtes^ quelque matérielle qu'elle soit, est capable de sentir. .Si on ne le conçoit pas, il ne le faut pas dire, car il ne faut assurer que ce que Ton conçoit. De même si Yoii conçoit que de la matière agitée de bas en haut, de haut en bas, en ligne circulaire, spirale, parabolique^ elliptique, etc., soit un amour, une haine, une joie, une tristesse, etc.^ on peut dire que les bêtes ont les mêmes passions que nous; si on ne le voit pas, il ne le faut pas dire, à moins qu'on ne veuille parler sans savoir ce qu'on dit. Mais je pense pouvoir assurer qu'on ne jcroira jamais qu'aucun mouvement de matière puisse être un amour ou une joie, pourvu que Ton y pense sérieusement. De sorte que, pour résoudre cette question, si les bêtes sentent, il ne faut qu'avoir soin d'en ôter l'équivoque, comme font ceux qu'on se plaît d'appeler cartésiens; car on la réduira ainsi à une question si simple qu'une médiocre attention d'esprit suffira pour la résoudre.

Il est vrai que saint Augustin, supposant selon le préjugé commun à tous les hommes que les bêtes ont une âme, au moins n'ai-je point lu qu'il l'ait jamais examiné sérieusement dans ses ouvrages, ni qu'il l'ait révoqué en doute; et s'apercevant bien qu'il y a contradiction de dire qu'une âme ou une substance qui pense, qui sent, qui désire, etc., soit matérielle, il a cru que l'âme des bêtes était effectivement spirituielle et indivisible *. Il a prouvé par des raisons très-évidentes que toute âme, c'est-à-dire tout ce qui sent,

* Liv. IV. De anima et ejusjûrigine^ c. 23, et liv. De quantitaie animœ, et ailleurs.

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sans peine toutes les autres questions que l'on peut faire sur ce sujet; pourvu que les termes qui les énoncent réveillent des idées claires ; et il est impossible de les résoudre, si les idées des termes qui les expriment sont confuses et obscures.

Cependant il n'est pas toujours absolument nécessaire d'avoir des idées qui représentent parfaitement les choses dont on veut examiner les rapports ; il suffît souvent d'en avoir une connaissance imparfaite où commencée, parce que souvent l'on ne recherche point d'en connaître exactement les rapports. J'explique ceci.

Il y a des vérités ou des rapports de deux sortes : il y en a d'exactement connus et d'autres qu'on ne connaît qu'imparfaitement. On connaît exactement le rapport entre un tel carré et un tel triangle, mais on ne connaît qu'imparfaitement le rapport qui est entre Paris et Orléans; on sait que le carré est égal au triangle» ou qu'il eh est double, triple, etc., mais on sait seulement que Paris est plus grand qu'Orléans sans savoir au juste de combien.

De plus, entre les connaissances imparfailes, il y en a d'une infinité de degrés, et même toutes ces connais^ sances ne sont imparfaites que par rapport aux connaissances plus parfaites. Par exemple, on sait parfaitement que Paris est plus grand que la place Royale; et cette connaissance n'est imparfaite que par rapport à une connaissance exacte, selon laquelle on saurait au juste de combien Paris est plus grand que cette place qu'il renferme.

Ainsi il y a des questions de plusieurs sortes:

1* Il y en a dans lesquelles on recherche une connaissance parfaite de tous les rapports exacts que deux ou plusieurs choses ont entre elles;

2** Il y en a dans lesquelles on recherche la connais-

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