‹ Œuvres de MalebrancheChapitre 2 sur 229 · IV. i · texte numérisé non relu

IV. i

î. R£GHi!:RGfl£ DE LA VÉRITÉ.

vement^ tous les corps n'auraient point été différents les uns des autres; tout ce monde visible ne serait encore à présent qu'une masse de matière ou d'étendue qui pourrait bien servir à faire connaître la grandeur et la puissance de son auteur; mais il n'y aurait pas cette succession de formes et cette variété de corps qui fait toule la beauté de l'univers, et qui porte tous les esprits à admirer la sagesse inûnie de celui qui le gouverne.

Or, ,il me semble que les inclinations des esprits sont au monde spiriluel ce que le mouvement est au monde matériel, et que si tous les esprits étaient sans inclinations, ou s'ils ne voulaient jamais rien, il ne se trouverait pas dans l'ordre des choses spirituelles cette variété qui ne fait pas seulement admirer la profondeur de la sagesse de Dieu, comme fait la diversité qui se rencontre dans les choses matérielles ; mais aussi sa miséricorde, sa justice, sa bonté, et généralement tous ses autres attributs. La différence des inclinations fait donc dans les esprits un effet assez semblable à celui que la différence des mouvements produit dans les corps ; et les inclinations des esprits et les mouvements des corps font ensemble toute la beauté des êtres créés. Ainsi tous les esprits doivent ^ avoir quelques inclinations, de môme que les corps ont différents mouvements. Mais tâchons de découvrir quelles inclinations ils doivent avoir.

Si notre nature n'était point corrompue, il ne serait pas nécessaire de chercher par la raison, ainsi que nous allons faire, quelles doivent être les inclinations naturelles des esprits créés; nous n'aurions pour cela qu'à nous consulter nous-mêmes, et nous reconnaîtrions, par le sentiment intérieur que nous avons de ce qui se passe en nous, toutes les inclinations que nous devons avoir naturellement. Mais, parce que nous savons par

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