IV
4it RECHERCHÉ HE LA VÉRITÉ.
découvrir ce qu'on cherche, ni pour l'expliquer aux autres ; car ce n'est pas rendre raison d'un effet que d'en donner pour cause une chose que personne ne conçoit clairement. Il ne faut donc point se mettre en peine s'il y a, ou s'il n'y a pas, quelque autre cause naturelle du mouvement des corps que leur mutuelle , rencontre ; il faut plutôt supposer qu'il n'y en a point, et considérer avec attention quel corps peut rencontrer et remuer cet aimant.
On voit d'abord que ce n'est point l'aimant qu'on tient en main, puisqu'il ne touche pas celui qui est remué. Mais parce qu'il n'est remué qu'à l'approche de. celui qu'on tient en main, et qu'il ne se remue pas de lui-même, on doit conclure que, bien que ce ne soit pas l'aimant qu'on tient qui le remue^ ce doit être quelques petits corps qui en sortent et qui sont poussés par lui vers l'autre aimant.
Pour découvrir ces petits corps il ne faut pas ouvrir les yeux et s'approcher de cet aimant, car les àens imposeraient à la raison, et l'on jugerait peut-être qu'il ne sort rien de l'aimant, à cause qu'on n'en voit rien sortir; on ne se souviendrait peut-être pas qu'on ne voit pas les vents, même les plus impétueux, ni plusieurs autres corps qui produisent des effets extraordinaires. Il faut se tenir ferme à ce moyen très-clair et très-intelligible, et examiner avec soin tous les effets de l aimant, afin de découvrir comment il peut sans cesse pousser hors de lui ces petits corps sans qu'il diminue ; car les expériences que l'on fera découvriront que ces petits corps, qui sortent par un côté, rentrent incontinent par l'autre, et elles serviront à expliquer toutes les difficultés que l'on peut former contre la manière de résoudre cette question. Mais il faut bien remarquer qu'on ne devrait pas abandonner ce moyen, quand même on ne pourrait répondre à quelques difficultés
LIYKE SIXIÈME. 4S3
appuyées sur Dgaorance où Ton est de beaucoup de jchoses.
Si Ton ne souhaite pas d'examiner d'où vient que les aimants se repoussent lorsqu'on leur oppose les mêmes pôles, mais plutôt d'où vient Qu'ils s'approchent et qu'ils se joignent l'un à l'autre lorsqu'on présente le pôle septentrional de l'un au pôle méridional de l'autre, la question sera plus difficile et un seul moyen ne suffira pas.pour la résoudre. Ce n'est point assez de connaître exactement les rapports qui sont entre les pôles de ces deux aimants, ni de recourir au moyen que l'on a pris pour la question précédente, car ce moyen semble au contraire empêcher l'effet dont on chercherait la causé. Il ne faut point aussi recourir à aucune des choses que nous ne connaissons point clairement être les causes naturelles et ordinaires des mouvements cgrporels, ni nous délivrer de la difficulté de la question par l'idée vague et indéterminée d'une qualité occulte dans les aimants, par laquelle ils s'attirent l'un l'autre; car l'esprit ne peut concevoir clairement qu'un corps en puisse attirer un autre.
L'impénétrabilité des corps fait clairement concevoir que le mouvement se peut communiquer par impulsion, et l'expérience prouve, sans aucune obscurité, qu'effectivement il se communique par cette voie. Mais il n'y a aucune raison ni aucune expérience qui démontre clairement le mouvement A' attraction; car, dans les expériences qui semblent les plus propres à prouver cette espèce de mouvement, on reconnaît visiblement, lorsqu'on en découvre la cause véritable et certaine, que ce qui paraissait se faire par attraction ne se fait que par impulsion. Ainsi, il ne faut point s'arrêter à d'autre communication de mouvement qu'à celle qui se fait par impulsion, puisque cette manière est certaine et incontestable, et qu'il y a du moins quelque
obscunté dans les autres qu'on pourrait iiûagîtter. Mais, quand on pourrait même démontrer qu>il y a dans les choses purement corporelles d'autres principes de mouvement que la rencontre des corps, on ne pourrait raisonnablement rejeter celui-ci ; Ton doit même s'y arrêter préférablement à tout autre, puisqu'il est le plus clair et le plus évident, et qu'il paraît si incontestable^ qu'on ne craint point d'assurer qu'il a été reçu de tous les peuples et dans tous les temps.
L'^expérience fait connaître qu'un aimant qui nage librement sur l'eau s'approche de celui qu'on tient en sa main lorsqu'on lui présente un certain côté ; il faut donc conclure qu'il est poussé vers lui. Mais, comme ce n'est pas l'aimant que l'on tient qui pousse celui qui nage, puisque celui qui nage s'approche de celui que l'on tient, et que cependant celui qui nage ne se remuerait point si l'on ne lui présentait celui que l'on tient, il est évident qu'il faut recourir au moins à deux moyens pour expliquer cette question, si l'on veut la résoudre par le principe reçu de la communication des mouvements.
L'aimant c s'approche de l'aimant C; donc l'air, ou la matière fluide et invisible qui l'environne, le pousse, puisqu'il n'y a point d'autre corps qui le puisse pous-