‹ Œuvres de MalebrancheChapitre 201 sur 229 · LIVRE SIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIEME

ser, et c'est là le premier moyen. L'aimant c ne s'approche qu'à la présence de l'aimant C; donc il est nécessaire que l'aimant G détermine l'air à pousser l'aimante, et c'est là le second moyen. 11 est évident que ces deux moyens sont absolument nécessaires. De sorte que la difficulté est présentement réduite à joindre ensemble ces deux moyens, ce que Ton peut faire en deux manières ; ou en commençant par quelque chose de connu dans l'air qui environne l'aimant c, ou en commençant par quelque chose de connu dans l'aimant C.

Si Ton connaît que les parties de l'air et de tous les corps fluides sont en continuelle agitation, Ton ne pourra douter qu'elles ne heurtent sans cesse contre l'aimant c qu'elles environnent; et, parce qu'elles le heurtent également de tous côtés, elles ne le poussent pas plus d'un côté que de l'autre, tant qu'il y a autant d'air d'un côté que de l'autre. Les choses étant ainsi, il est facile de juger que l'aimant C empêche qu'il n'y ait autant de cet air dont nous parlons vers a que vers h. Mais cela ne se peut faire qu'en répandant quelques autres corps dans l'espace qui est entre C et c / il doit donc sortir des petits corps des aimants pour occuper cet espace. Et c'est aussi ce que l'expérience fait voir, lorsqu'on répand de la limaille de fer * autour d'un aimant ; car cette limaille rend visible le cours de ces petits corps invisibles. Ainsi ces petits corps, chassant l'air qui est vers a, l'aimant c en est moins poussé par ce côté que par l'autre ; et par conséquent il doit s'approcher de l'aimant C, puisque tout corps doit se mouvoir du côté d'où il est moins poussé.

Mais si l'aimant c n'avait, vers le pôle a, plusieurs

1 Voyez les Prùicipes de la Philosophie de Descartes^ quatrième partie.

496 RECHERCdE P£ LA VÉRITÉ,

pores propres à recevoir les petits corps gui sortent du pôle B de l'autre aimant, et trop petits pour recevoir ceux de Tair, tant grossier que subtil, il est évident que ces petits corps, étant plus agités que cet air, puisqu'ils le doivent chasser d'entre les aimants, ils pous* seraient Taimant c et l'éloigneraient de G. Ainsi, puisque l'aimant c s'approche ou s'éloigne de G, lorsqu'on lui présente différents pôles, il est nécessaire de conclure que les petits corps, qui sortent de l'aimant G, passent librement et sans repousser l'aimant c par le côté a, et le repoussent par le côté b. Ce que je dis d'un de ces aimants se doit aussi entendre de l'autre. Il est visible que l'on apprend toujours quelque cliose par cette manière de raisonner sur des idées claires et des principes incontestables. Car l'on a découvert que Tair qui environne l'aimant c était chassé d'entre les aimants par des corps qui sortent sans cesse de leurs pôles, et qui trouvent leur passage libre par un côté et fermé par l'autre. Et, si Ton voulait découvrir quelle est à peu près la grandeur et la figure des pores de l'aimant par lesquels ces petits corps traversent, il faudrait encore faire d'autres expériences; mais cela nous conduirait où nous ne voulons pas aller, et où nous pourrions bien nous égarer. On peut consulter sur ces questions les principes de la philosophie de M. Descartes, non pour suivre aveuglément les sentiments de ce savant philosophe, mais pour $'accoutumer à sa méthode de philosopher. Je dis seulement, pour répondre à une objection qui frappe d'abord, d'où vient que ces petits corps ne peuvent rentrer par les pores d'où ils sont sortis; qu'outre une grandeur ou une figure déterminée capable de produire cet effet, l'inflexion des petites branches qui composent ces pores peut obéir en un sens aux petits corps qui les traversent, et se hérisser et leur fermer le passage en un autre sens. Le cou-

Page 1