‹ Œuvres de MalebrancheChapitre 204 sur 229 · LIVRE SiXlÈMG · texte numérisé non relu

LIVRE SiXlÈMG

fort grosse pierre, ou faire asseoir un homme des plus . pesants sut* cet ais, en lui donnant même la liberté dé se retenir à quelque chose afin de résister à l'enflure du hallon; car si quelqu'un souffle de nouveau seulement avec la bouche dans ce ballon, il soulèvera la pierre qui le comprime ou l'homme qui est assis dessus, pourvu que le canal par lequel le vent entre dans le ballon ait une soupape qui l'empêche de sortir lorsqu'il faut reprendre haleine. La raison de ceci est que Tou- ; verture du balion est si petite ou doit être supposée si petite par rapport à toute la capacité du même ballon qui résiste par le poids de la pierre qu'une très-petite force est capable d'en vaincre uûe très-grande par cette manières

Si l'on considère aussi que le souffle seul est capable de pousser une balle de plomb avec violence par le moyen des sarbacanes, à cause que la force du souffle ne se dissipe point et se renouvelle sans cesse, on re* connaîtra visiblement que la proportion nécessaire entre Touverture et la capacité du ballon étant supposée, le souffle seul peut vaincre facilement de trèsgrandes forces.

Si donc Ton conçoit que les muscles entiers ou chacune des fibres qui les composent ont comme ce ballon une capacité propre à recevoir les esprits animaux ; que les pores par où les esprits s'y insinuent sont peut-être encore plus petits à proportion que le col d'une vessie ou le troxi d'un ballon ; que les esprits sontretenus et poussés dans les nerfsàpeu près comme le souffle dans les sarbacanes, et que les esprits sont plus agités que l'air des poumons et poussés avec plus de force dans les muscles qu'il ne l'est dans les ballons ; on reconnaîtra que le mouvement des esprits qui se répandentdans les muscles peut vaiùcre la force des plus pesants fardeaux que l'on porte ;Mque si on ne peut en

porter de plus pesants, le défaut de force ne vient point tant du côté des esprits que de celui des fibres et des peaux qui composent les muscles, lesquels crèveraient si on faisait trop d'effort. D'ailleurs, on prend garde que par les lois de l'union de l'âme et du corps les mouvements de ces esprits, quant à leur détermination, dépendent delà volonté des hommes, on verra bien que les mouvements des bras doivent être volontaires.

Il est vrai que nous remuons notre bras avec une telle promptitude qu'il semble d'abord incroyable que l'épanchement des esprits dans les muscles qui le composent puisse être assez prompt pour cela. Mais nous devons considérer que ces esprits sont extrêmement agités, toujours prêts à entrer d'un muscle dans l'autre, et qu'il n'en faut pas beaucoup pour les enfler aussi peu qu'il est nécessaire afin de les remuer seuls, ou lorsque nous levons de terre quelque chose de fort léger ; car lorsque nous avons quelque chose de pesant àlever, nous ne le pouvons pas faire avec beaucoup de promptitude. Les fardeaux étant pesants, il faut beaucoup enfler et bander les muscles ; pour les enfler en celte sorte, il faut davantage d'esprits qu'il n'y en a dans les muscles voisins ou antagonistes. Il faut donc quelque peu de temps pour faire venir ces esprits de loin et pour en pousser une quantité capable de résister à la pesanteur. Ainsi ceux qui sont chargés ne peuvent courir, et ceux qui lèvent de terre quelque chose de pesant ne le font pas avec autant de promptitude que ceux qui lèvent une paille.

Si Ton fait encore réflexion que ceux qui ont plus de feu ou un peu de vin dans la tête sont bien plus prompts que les autres ; qu'entre les animaux ceux qui ont les esprits plus agités, comme les oiseaux, se remuent avec plus de promptitude que ceux qui ont le sang froid, comme les grenouilles, et qu'il y en a même

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