‹ Œuvres de MalebrancheChapitre 206 sur 229 · IV · texte numérisé non relu

IV

peut faire par le moyen des esprits animaux, puisque c'est un muscle; et que le sang s'y fermente et s'y dilate, puisqu'il y a des cavités. Le premier de ces jugements est appuyé sur ce que je viens de dire, et le second sur ce que le cœur est beaucoup plus chaud que toutes les autres parties du corps ; que c'est lui qui répand la chaleur avec le sang dans tous nos membres; que ces deux cavités n'ont pu se conserver que par la dilatation du sang, et qu'ainsi elles servent à la cause qui les a produites. Je puis donc rendre suffisamment raison du mouvement du cœur par les esprits .qui l'agitent et par le sang qui le dilate lorsque ce sang se fermente; car encore que la cause que j'apporte de son mouvement ne soit peut-être pas la véritable, il me parait certain qu'elle est suffisante pour le produire.

Il est vrai que le principe de la fermentation ou de la dilatation des liqueurs n'est peut-être pas assez connu à tous ceux qui liront ceci pour prétendre avoir expliqué un effet lorsqu'on a fait voir en général que sa cause est la fermentation ; mais on ne doit pas résoudre toutes les questions particulières en remontant jusques aux premières causes. Ce n'est pas que l'on n'y puisse remonter et découvrir ainsi le véritable système dont tous les effets parliculiers dépendent, pourvu que l'on ne s'arrête qu'aux idées claires ; mais c'est que cette manière de philosopher n'est pas la plus juste ni la plus courte.

Pour faire comprendre ce que je veux dire, il faut savoir qu'il y a des questions de deux sortes. Dans les premières, il s'agit de découvrir la nature et les propriétés de quelque chose; dans les autres, on souhaite seulement de savoir si une telle chose a ou n'a pas une telle propriété : ou, si Ton sait qu'elle a une telle propriété, on veut seulement découvrir quelle en est la cause.

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