LIVRE SIXIÈME
Pour résoudre les questions du premier genre, il faut considérer les choses dans leur naissance, et les concevoir toujours s'engendrer par les voies les plus sim* pies et les plus naturelles. Pour résoudre les autres, il faut s'y prendre d'une manière bien différente : il faut les résoudre par des suppositions, et examiner si ces suppositions font tomber dans quelque absurdité ou si elles conduisent à quelque vérité clairement connue.
On veut, par exemple, découvrir quelles sont les propriétés de la roulette ou de quelqu'une des sections comiques, il faut considérer ces lignes dans leur génération, et les former selon les voies les plus simples et les moins embarrassées; car c'est là le meilleur et le plus court chemin pour en découvrir la nature et les propriétés. On voit sans peine que la sous-tendante de la roulette est égale au cercle qui Ta formée; et, si Ton n'en découvre pas facilement beaucoup de propriétés par cette voie, c'est que la ligne circulaire qui sert à la former n'est pas assez connue. Mais pour les lignes purement mathématiques, ou dont on peut connaître plus clairement les rapports, telles que sont les sections coniques, il suffit, pour en découvrir un très- grand nombre de propriétés, de considérer ces lignes dans leur génération. Il faut seulement prendre garde que, pouvant s'engendrer par des mouvements réglés en plusieurs manières, toute sorte de génération n'est pas également propre à éclairer l'esprit; que les plus simples sont les meilleures, et qu'il arrive cependant que certaines manières particulières sont plus propres que les autres à démontrer quelques propriétés particulières.
Mais s'il n^est pas question de découvrir en général les propriétés d'une chose, mais de savoir si une chose a une telle propriété, alors il faut supposer qu'elle l'a effectivement, et examiner avec attention ce qui doit suivre de celte supposition, si elle conduit à une absur-
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dite manifeste ou bien à quelque vérité incontestable <jui puisse servir de moyen pour découvrir ce qu'on cherche ; et c'est là la manière dont les géomètres se servent pour résoudre leurs problèmes. Ils supposent ce qu'ils cherchent et ils examinent ce qui en doit arriver ; ils considèrent attentivement les rapports qui résultent de leur supposition; ils représentent tou^îes rapports, qui renferment les conditions du problème, par des équations, et ils réduisent ensuite ces équations selon les règles qu'ils en ont, en sorte que ce qu'il y a d'inconnu se trouve égal à une ou plusieurs choses entièrement connues.
S'il est donc question de découvrir en général la nature du feu et des différentes fermentations qui sont les causes les plus' universelles des effets naturels, je dis que la voie la plus courte et la plus sûre est de l'examiner dans son principe. Il faut considérer la formation des corps les plus agités et dont le mouvement se répand dans ceux qui se fermentent ; il faut, par des idées claires et par les voies les plus simples, examiner ce que le mouvement est capable de produire dans la matière; et, parce que le feu et les différentes fermentations sont des choses fort générales, et qui dépendent par conséquent de peu de causes, il ne sera pas nécessaire de considérer longtemps ce dont la matière est capable, lorsqu'elle est animée par le mouvement, pour reconnaître la nature de la fermentation dans son principe ; et Ton apprendra en même temps plusieurs autres choses absolument nécessaires à la connaissance de la physique. Au lieu que, si l'on voulait raisonner dans cette question par suppositions, afin de remonter ainsi jusques aux premières causes et jusques aux lois de la nature selon lesquelles toutes choses se forment, on ferait beaucoup de fausses suppositions qui ne serviraient à rien.
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On pourrait bien reconnaître que la cause de la fermentation est le mouvement d'une matière invisible qui se communique aux parties de celle qui s'agite ; car on sait assez que le feu et les différentes fermentations des corps consistent dans leur agitation, et que, par les lois de la nature, les corps ne reçoivent immédiatement leur mouvement que par la rencontre de quelques autres plus agités. Ainsi on pourrait découvrir qu'il y a une matière invisible dont l'agitation se communique par la fermentation aux corps visibles. Mais il serait moralement impossible, par la voie des suppositions, de découvrir comment cela se fait; et il n'est pas de beaucoup si difficile de le découvrir lorsqu'on examine ia formation des éléments ou des corps, dont il y a un plus grand nombre de môme nature, comme on le peut voir en partie par le système de M. Descartes.
La troisième partie de laquestion, qui est des mouvements convulsifs, ne sera pas extrêmement difficile à résoudre, pourvu que l'on suppose qu'il y a dans le corps des esprits animaux capables de quelque fermentation et des humeurs assez pénétrantes pour s'insinuer dans les pores des nerfs par où les esprits se répandent dans les muscles, pourvu aussi que l'on ne prétende point déterminer quelle est la véritable disposition des parties invisibles qui contribuent à ces mouvements convulsifs.
Lorsque l'on a séparé un muscle du reste du corps, et qu'on le tient par les extrémités, on voit sensiblement qu'il fait effort pour se raccourcir lorsqu'on le pique par le ventre. Il y a de l'apparence que ceci dépend de la construction des parties imperceptibles qui le composent, lesquelles, comme autant de ressorts, sont déterminées à de certains mouvements par celui de la piqûre. Mais qui pourrait s'assurer d'avoir trouvé la véritable disposition des parties qui servent à pro*
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duire ce mouvement, et qui pourrait en donner une démonstration incontestable? Certainement cela parait impossible, quoique peut-être, à force d'y penser, Ton puisse imaginer une construction de muscles propres à faire tous les mouvements dont nous les voyons ca* pables. Il ne faut donc point penser à déterminer quelle est la véritable construction des muscles. Mais, parce qu'on ne peut raisonnablement douter qu'il n'y ait de» esprits susceptibles de quelque fermentation par le mélange de quelque matière subtile, et que les humeurs acres et piquantes ne puissent s'insinuer dans les nerfs, on peut le supposer.
Pour résoudre la question proposée, il faut donc examiner d'abord combien il y a de sortes de mouvements convulsifs ; et, parce que le nombre en parait indéfini, il faut s'arrêter aux principaux, dont les causes semblent être différentes. Il faut considérer les parties dans lesquelles ils se font, les maladies qui les précèdent et qui les suivent; s'ils se font avec douleur ou sans douleur ; et, sur toutes choses, quelle est leur promptitude et leur violence; car il y en a qui se font avec promptitude et violence, d'autres avec promptitude sans violence, et d'autres avec violence sans promptitude, et d'autres enfin sans violence et sans promptitude; il y en a qui finissent et qui recommencent sans cesse; ily en a qui tiennent les parties roides et sans mouvement pour quelque temps, et il y en a qui en ôtent entièrement l'usage et qui les défigurent.
Toutes ces choses considérées, il n'est pas difficile d'expliquer en général comment ces mouvements convulsifs se peuvent faire après ce qu'on vient de dire des mouvements naturels et des moavements volontaires ; car si l'on conçoit qu'il se mêle avec les esprits qui sont contenus dans un muscle quelque matière capable de les fermenter, ce muscle s'enflera et pro-