‹ Œuvres de MalebrancheChapitre 214 sur 229 · LIVRE. SIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE. SIXIEME

Quand je ne considère que les parties dont les corps durs sont composés, je me sens porté à croire qu'on ne peut imaginer aucun ciment qui unisse les parties de ce lien, qu elles-mêmes et leur propre repos; car de quelle nature pourrait -il être? Il ne sera pas une chose qui sub* siste de soi-même; car toutes ces petites parties étant des substances, pour quelle raison seraient-elles unies par d'autres substances que par elles-mêmes ? Il ne sera pas aussi une qtuxlité différente du repos, parce qu'il ny a aucune qualité plus contraire au mouvement qui pourrait séparer ces parties que le repos qui est en elles; mais, outre les substances et leurs qualités, nous ne connaissons point qu'il y ait d'autres genres de choses *.

Il est bien vrai que les parties des corps durs demeurent unies, tant qu'elles sont en repos les unes auprès des autres; et que lorsqu'elles sont une fois en repos, elles continuent par elles-mêmes d'y demeurer autant qu'il se peut. Mais ce n'est pas ce que je cherche, je prends le change. Je ne cherche pas d'où vient que les parties des corps durs sont en repos les unes auprès des autres ; je tâche ici de découvrir d'où vient que les parties de ces corps ont force pour demeurer en repos les unes auprès des autres, et qu'elles résistent à l'effort que l'on fait pour les remuer ou les séparer.

Je pourrais ^ pourtant me répondre que chaque corps a véritablement de la force pour continuer de demeurer dans l'état où il est, et que cette force est égale pour le mouvement et pour le repos; mais que ce qui fait que les parties des corps durs demeurent en repos les unes auprès des autres, et qu'on a de la peine à les séparer et à les agiter, c'est qu'on n'emploie pas assez de mou-

< Principes de Descartes , art 55 de la seconde partie, * Descartes, art. 41 de la même partie.

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veinent pour vaincre leur repos \ Cela est vraisemblable, mais je cherche la certitude, si elle se peut trouver, et non pas la seule vraisemblance. Et commeut puis-je savoir avec certitude et avec évidence que chaque corps a celte force pour demeurer enTétatqu'il est, et que cette force est égale pour le mouvement et pour le repos, puisque la matière paraît au contraire indiiférente au mouvement et au repos , et absolument sans aucune force ? Venons donc, comme a fait M. Descartes, à la volonté du Créateur, laquelle est peut-être la force que les corps semblent avoir dans eux-mêmes. C'est la seconde chose que nous avons dite auparavant pouvoir cons^erver les parties de ce petit lien dont nous parlions, si fort attachées les unes aux autres.

Certainement il se peut faire que Dieu veuille que chaque corps demeure dans l'état oii il est, et que sa volonté soit la force qui en unit les parties les unes aux autres; de même que je sais d'ailleurs que c'est sa volonté qui est la force mouvante, laquelle met les corps dans le mouvement. Car, puisque la matière ne se peut pas mouvoir par elle-même, il me semble que je dois juger que c'est Un esprit, et même que c'est l'auteur de la nature qui la conserve et qui la met eu mouvement, en la conservant successivement en plusieurs endroits par sa simple volonté, puisqu'un être infiniment puissant n'agit point avec des instruments, et que les effets suivent nécessairement de sa volonté.

Je reconnais donc qu'il se peut faire que Dieu veuille que chaque chose demeure en l'état où elle est 2, soit qu'elle soit en repos, ou qu'elle soit en mouvement; et que cette volonté soit la puissance naturelle qu'ont les

1 Art. 63.

« Art. 31'.

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