LIVRE QUATRIÈME
séder effectivement la science et la vertu, les dignités et les richesses ; ils font encore tous leurs efforts afin qu'on croie au moins qu'ils les possèdent véritablement . Et si l'on peut dire qu'ils se mettent moins en peine de paraître riches que de Tôtre effectivement, on peut dire aussi qu'ils se mettent souvent moins en peine d'être vertueux que de le paraître; car, comme dit agréablement l'auteur des Réflexions mot^ales : La vertu n irait pas loiriy si la vanité ne lui tenait compagnie,
La réputation d'être riche, savant, vertueux, produit dans l'imagination de ceux qui nous environnent, ou qui nous touchent de plus près, des dispositions trèscommodes pour nous. Elle les abat à nos pieds; elle les agite en notre faveur; elle leur inspire tous les mouvements qui tendent à la conservation de notre être, et à l'augmentation de notre grandeur. Ainsi les hommes conservent leur réputation comme un bien dont ils ont besoin pour vivre commodément dans le monde.
Tous les hommes ont donc de l'inclination pour la vertu, la science, les dignités et les richesses, et pour la réputation de posséder ces avantages. Nous allons faire voir par quelques exemples comment ces inclinations peuvent les engager dans l'erreur. Commençons par l'inclination pour la vertu ou pour l'apparence de la vertu.
Les personnes qui travaillent sérieusement à se rendre vertueux n'emploient guère leur esprit ni leur temps pour connaître la religion, et s'exercer dans de bonnes œuvres. Ils ne veulent savoir, comme saint Paul, que Jésus-Christ crucifié, le remède de la maladie et de la corruption de leur nature. Ils ne souhaitent point d'autre lumière que celle qui leur est nécessaire pour vivre chrétiennement, et pour reconnaître leurs devoirs ; et ensuite ils ne s'appliquent qu'à les remplir avec ferveur et avec exactitude. Ainsi ils ne s'amusent guère à des
sciences qui paraissent vaines et stériles pour leur salut.
IL On ne trouve rien à redire à cette conduite, on l'estime infiniment , on se croirait heureux de la tenir exactement, et on se repent môme de ne l'avoir pas assez suivie. Mais ce que Ton ne peut approuver, c'est qu'étant constant qu'il y a des sciences purement humaines, très-certaines et assez utiles, qui détachent l'esprit des choses sensibles, et qui l'accoutument ou le préparent peu à peu à goûter les vérités de TÉvangile; quelques personnes de piété, sans les avoir examinées, les condamnent trop librement, ou pomme inutiles, ou comme, incertaines.
Il est vrai que la plupart des sciences sont fort incertaines et fort inutiles. On ne se trompe pas beaucoup de croire qu'elles ne contiennent que des vérités de peu d'usage. Il est permis de ne les étudier jamais, et il vaut mieux les mépriser tout à fait que de s'en laisser charmer et éblouir. Néanmoins on peut assurer qu'il est très-nécessaire de savoir quelques vérités de meta-, physique. La connaissance de la cause universelle ou de l'existence d'un Dieu est absolument nécessaire, puisque môme la certitude de la foi dépend de la connaissance que la raison donne de l'existence d'un Dieu. On doit savoir que c'est sa volonté qui fait et qui règle la nature, que la force ou la puissance des causes naturelles n'est que sa volonté ; en un mot, que toutes choses dépendent de Dieu en toutes manières.
Il est nécessaire aussi de connaître ce que c'est que la vérité, les moyens de la discerner d'avec l'erreur, la distinction qui se trouve entre les esprits et les corps, les conséquences que l'on en peut tirer, comme rimmortalité de l'âme, et plusieurs autres semblables qu'on peut connaître avec certitude.
La science de l'homme ou de soi-même est une science