CHAPITRE X
De Tamour du plaisir par rapport à la morale. — I. Il faut fuir le plaisir, quoiqu'il rende heureux. — II. Il ne doit point nous porter à Tamour des biens sensibles.
Nous venons de parler dans les trois chapitres prér cédents de rinclination que nous avons pour la conservation de notre être, et comment elle est cause que nous tombons dans plusieurs erreurs. Nous parlerons présentement de celle que nous avons pour le bienêtre, c'est-à-dire pour les plaisirs et pour toutes les choses qui nous rendent plus heureux et plus contents, ,ou que nous croyons capables de cela ; et nous tâcherons de découvrir les erreurs qui naissent de cette inclination.
Il y a des philosophes qui tâchent de persuader aux hommes, que le plaisir n'est point un bien, et que la douleur n'est point un mal; qu'on peut être heureux au milieu des douleurs les plus violentes, et qu'on peut être malheureux au milieu des plus grands plaisirs^ Comme ces philosophes sont fort pathétiques et fort imaginatifs, ils enlèvent bientôt les esprits faibles et qui se laissent aller à l'impression que ceux qui leur parlent produisent en eux ; car les stoïques sont un peu visionnairei^ et les visionnaires sont véhéments ; ainsi ils impriment facilement dans les autres les faux sentiments dont ils sont prévenus. Mais comme il n'y