IV
a point de conviction contre l'expérience et contre notre sentiment intérieur, toutes ces raisons pompeuses et magnifiques, qui étourdissent et éblouissent l'imagination des hommes, s'évanouissent avec tout leur éclat aussitôt que l'âme est touchée de quelque plaisir ou de quelque douleur sensible ; et ceux qui ont mis tout€ leur confiance dans cette fausse persuasion de leur esprit se trouvent sans sagesse et sans force à la moindre attaque du vice; ils sentent qu'ils ont été trompés et qu'ils sont vaincus.
I. Si les philosophes ne peuvent donner à leurs disciples la force de vaincre leurs passions, du moins ne doivent-ils pas les séduire ni leur persuader qu'ils n'ont point d'ennemis à combattre. H faut dire les choses coipme elles sont : le plaisir est toujours un bien, et la douleur toujours un mal ; mais il n'est pas toujours avantageux de jouir du plaisir, et il est quelquefois avantageux de souffrir la douleur.
Mais pour faire bien comprendre ce que je veux dire, il faut savoir :
V Qu'il n'y a que Dieu qui soit assez puissant pouragir en nous, et pour nous faire sentir le plaisir et la douleur : car il est évident à tout homme qui consulte sa raison, et qui méprise les rapports de ses sens, que ce ne sont point les objets que nous sentons qui agissent effectivement en nous, puisque le corps ne peut agir sur l'esprit; et que ce n'est point non plus notre âme qui cause en elle-même son plaisir et sa douleur à leur occasion, car s'il dépendait de l'âme de sentir la douleur, elle n'en souffrirait jamais;
2^ Qu'on ne doit donner ordinairement quelque bien que pour faire faire quelque bonne action ou pour la récompenser; et qu'on ne doit ordinairement faire souffrir quelque mal que pour détourner d'une méïihante action ou pour la punir : et qu'ainsi Dieu agis-