‹ Œuvres de Malherbe (volume 2)Chapitre 120 sur 359 · I. Vii^e, Enéide^ liv. XII, v. ii · texte numérisé non relu

I. Vii^e, Enéide^ liv. XII, v. ii

aia TRAITÉ DES BIENFAITS DE SÉNÈQUE.

qu'en ne donnant point. Qne la première loi du bien&it soit que celui qui a fait le plaisir choisisse le temps d'en recevoir4a revanche. Mais j'ai peur qu'on n'ait mauvaise opinion de moi. Ne pensez point à la renommée; contentez votre conscience. Vous avez deux juges en ce fait. Vous en pouvez tromper l'un , et l'autre non. Et quoi donc, s'il ne se présente jamais occasion de rendre, demeurerai-je toujours obligé? Vous demeurerez obligé, mais vous ne serez ni honteux ni marri de l'être, et prendrez du contentement à regarder une chose qu'on a mise en garde entre vos mains. Le déplaisir de ne pouvoir assez tôt i*endre est une repentance d'avoir pris. Si vous avez jugé quelqu'un digne de vous bienfaire, pourquoi le trouvez- vous indigne que vous lui soyez obligé?

XLIII. Ceux-là s'abusent bien qui pensent qu'il ne faille faire autre chose que donner, et qu'un honmie n'est pas brave si tous ceux qui le viennent voir ne s'en retournent les mains et les poches pleines en leur maison. C'est bien la marque d'une grande fortune, mais non pas toujours d'un grand cœur. U y a quelquefois plus de peine à prendre qu'à donner ; car pour ne rien donner à l'un au préjudice de l'autre, puisqu'ils sont pareils étant faits avec la vertu , s'il y a de la grandeur de courage à faire un plaisir, il n'y en a pas moins à le devoir. Encore y a-t-il plus de besogne à cettui-ci, parce qu'il y va du soin et de la diligence à garder ce qu'on vous donne , et n'y en a point à donner. U ne faut pas pour cela nous donner l'alarme et nous hâter de nous acquitter mal à propos. Nous le pourrions faire si hors de saison , que nous ne faillirions pas moins que de ne le faire pas quand il en seroit temps. Son bienfait est entre mes mains. Je ne crains ni pom* lui ni pour moi. Sa dette est bien assurée, il ne la peut perdre qu'il ne me perde ; et quand il me perdroit, il ne la perdroit pas. Je l'ai remercié ; cela s'ap-

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