Virgile, Géorgiques, liy. I, y. i
aaa TRAITÉ DES BIENFAITS DE SÉNÈQUE.
toisie. Vous voyez donc bien comme il se peut faire qu'une chose sera vôtre, et cependant vous ne laisserez pas de la recevoir de moi conune une gratification.
YI. En ce que je viens d'alléguer il y a deux maîtres d'une même chose. Comment? Pource que l'un a l'usage, et l'autre la propriété. Nous disons les livres de Cicéroo, et cependant Dorus le libraire dit qu'ils sont à lui. L'un et l'autre dit vrai. L'un se les attribue pour les avoir faits, et l'autre pour les avoir achetés. Â qui que vous disiez qu'ils sont, vous ne faillirez point; car ils sont à l'un et à l'autre, mais à divers titres. Ainsi Tite Live peut acheter ou recevoir en don ses propres livres d'un libraire. Je puis donner au sage ce qui est mien, encore que tout soit à lui ; car puisque la seigneurie universelle est conune celle des rois, et que cependant toutes choses particulières ont leur maître particulier, il est capable de recevoir des présents, de devoir, d'acheter et de louer. Tout est à l'Empei*eur; mais il n'y a que ce qui est sien pai*ticulièrement qui soit de son domaine. Son empire comprend tout, son patiimoine ne s'entend que de ce qui est à lui propriétairement. On peut demander ce qui est à lui, ou ce qui n'y est pas, sans diminuer rien de sa grandeur ; car cela même qu'on dit être à un autre, est à lui par un autre moyen. Ainsi le sage possède toutes choses en esprit, et en pro> priété ce qui est particulièrement à lui.
VU. Quelquefois Bîon argumente que tous les honmies sont sacrilèges; quelquefois il soutient qu'il n'en est point, et qu'il n'y a moyen de l'être. Quand il veut mettre tout le monde entre les mains du bourreau, voici ce qu'il dit : « Quiconque prend, consume, et applique à son usage une chose qui appartient aux Dieux, il est sacrilège. Or. toutes choses sont aux Dieux. Tout ce donc que quelqu'un prend, en quelque lieu que ce soit, il le prend aux Dieux, à qui tout appartient. Et par conséquent quiconque prend quel-