‹ Œuvres de Malherbe (volume 2)Chapitre 143 sur 359 · LIVRE VII. CHAPÎTRE XXIX · texte numérisé non relu

LIVRE VII. CHAPÎTRE XXIX

Lft perte que nous plaignons à cette heure est faite il j a longtemps. Quand nous publions un ingrat , nous avons part à sa honte, parce que la plainte ci*un plaisir perdu montre qu'il n*a pas été fait comme il deroit. Défendons le mieux que nous pourrons sa cause en notre conscience. Peut-être qu'il ne s'est pu revancher, peut-être qu'il n'a SD, peut-être qu'd le fera. On a vu de mauvais payeurs à qui la sagesse et la patience du créancier a donné moyen d'aumiiler leurs dettes , pour les avoir attendus et supportés. Il nous en faut faire de même, et donner quelque nourritare à une foi qui n'a guère de vigueur.

XXX. J'ai perdu le bien qUe j'avois (ait. Pauvre homme, vous ne savez pas bien le temps dfe votre perte. Vous Tavez perdu voirement, mais ce (ut quand vous le fîtes; à cette heure vous vous en êtes aperçu. La modération n'est pas quelquefois inutile à recouvrer des choses qu'on pensoit avoir perdues. Les blessures de Fftme, aussi bien que celles du corps, se veulent manier tout bellement. Ce qu'il y a moyen de démêler quand on a patience, se rompt bien souvent quand on s'opinifttre de le tirer. Quel besoin avez-vous de l'injurier, et de vous plaindre et crier après lui ? Pourquoi le désobligez- vous par votre importunité ? S'il est ingrat , il ne vous doit déjà plus rien. Quelle raison avez-vous de dépiter un homme que vous avez obligé, pour donner à sa faute un prétexte par la vôtre , et vous accpérir au lieu d'un ami douteux un indubitable ennemi ? Ne pensezvous pas qu'on demande que veut dire qu'un homme qui vous avoit tant d'obligations n'ait pu supporter de vous ? Sans doute on y soupçonnera toujours quelque diose ; et s'il ne vous en demeure point de tache, pour le moins aurez- vous été souillé. Et puis c'est la coutume de ceux qui médisent de ne se contenter pas de quelque calomnie légère, parce qu'ils se persuadent que Timpor-

tance de la chose doive donner à leur mensonge quelque ressemblance de vérité.

XXXI. Combien prendriez-vous bien un meilleurchemin de conserver aveclui cette apparence d'amitié, voire Tamitié même, s'il est en quelque volonté de s'amender? Il n'y a point de méchant homme qu'une opiniâtre bonté ne vainque, ni d'esprit si revéche, et si déclaré contre 1^ choses aimables, qui ne soit contraint d'aimer JiQS^gens de bien. Aussi quand il ne leur devroit autre cb4j|Éttil & cette obligation à leur facilité, qu'il peut être ingltel^iuis en être recherché. Voici donc ce qu'il faut que vous pea* siez : J'ai. fait un plaisir qu'on ne m'a point reconnu. Que dois-je faire? Les Dieux vous montrent le chemin, suive»les. Ils commencent à faire du bien à ceux qui l'ignorent, et le continuent à ceux qui le méconnoissent. Faites-en de même. L'un leur reproche la nonchalance, l'autre l'injustice, l'autre les jette hors du monde, et se les représente en quelque coin destitués de toutes choses, sans pouvoir, sans connoissance, sans lumière et sansocoapation. L'autre sait bien que c'est au soleil que nous devons les intervalles du jour et de la nuit, que c'est lui tpi par la dissipation des ténèbres nous garantit d'une éternelle obscurité, qui tempère les saisons, nourrit les corps, fait germer les semences et mûrit les fruits; et cependant il dit que c'est quelque pierre ou quelque globe de feux fortuitement assemblés , et aime mieux lui donner tout autre nom, que de l'appeler Dieu. Toutefois comme les bons pères qui .se rient quand ils sont injuriés de leurs enfants, les Dieux ne cessent de multiplier leurs biens sur ceux mêmes qui n'accordent pas qu'ils les tiennent de leur main , et d'une continuation toujours égale font leur distribution à tous les peuples du monde, comme n'ayant ce pouvoir immense à autre fin que pour l'employer à faire bien. Ils envoient les pluiea en leur

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