ÉPÎTRE XXIV
Abgitmrnt. — I. Qu'il ne faut point appréhender les maux à yenir. — II. Le moyen de n'appréhender point les maux à renir est d'en prendre la mesure à part soi et taxer sa crainte. — III. La mort n'a que l'apparence d'un plus grand mal, et toute sa pompe n'est que la douleur d'une goutte, d'une colique, ou d'une femme en son accouchement. — IV. La mort et les afflictions sont la condition de la vie. — V . Chaque jour emporte une partie de notre vie, et la dernière heure n'est pas celle qui fait la mort, mais qui l'accomplit. — VI. L'homme sage ne doit craindre ni désirer La mort.
I. Vous me mandez que les bravades de votre partie vous font douter que vous n'ayez quelque arrêt à votre préjudice : c'est peut-être afin que je vous mette Toreille sous le coude * , et que je vous conseille de vous flatter de Fespérance de quelque meilleur événement; car besoin est-il d'aller au-devant des maux, préoccuper ' une douleur que nous sentirons assez tôt quand l'occasion en sera venue, et gâter la jouissance du présent par l'appréhension de l'avenir? Il n'y a point de doute que vous n'ayez faute de jugement, si vous vous rendez misérable à cette heure, pource que vous serez misérable quelque jour.
II. Mais je vous veux bien mener à la sécurité par un autre chemin. Si vous voulez vous dépouiller de toute soUicitude, faites compte que ce que vous doutez qui vous advienne*, indubitablement vous adviendra. Quelque mal que ce soit , prenez-en la mesure à part vous , et taxez votre crainte; vous treuverez que ce qui vous
I. C'esl-à-dire : que je vous rassure, que je vous conseille de tous rassurer. Il y a en latin : Existimas me suasurum ut meliota ùbi ipse proponas,
a. Préoccuper j anticiper. — 3. Douter ^ craindre, redouter.