‹ Œuvres de Malherbe (volume 2)Chapitre 214 sur 359 · ÉPÎTRE XXXIV · texte numérisé non relu

ÉPÎTRE XXXIV

Arcumeat. — I. Le sage disciple réjouit le précepteur. — II. Pour devenir homme de bien , il ne sufEt pas d'avoir bien commencé, il faut bien finir.

I. Il m'est avis que je suis plus grand que de coutume, et que je sens quelque chaleur qui me rajeunit, tant je suis transporté de joie , quand par ce que vous faites et ce que vous m'écrivez, je reconnois quelque avantage sur vous-même ; car pour le commun , il y a longtemps que vous lui avez mis la poudre aux yeux ^. Si un laboureur prend plaisir de voir fructifier ses arbres, un berger de voir multiplier son troupeau, un nourricier de voir bien porter son nourrisson, quel contentement pensez- vous

I. Mettre (ou jeter) de la poudre aux yeux, c Ce proverbe, dit le Dictionnaire de Trévoux, prend son origine de ceux qui couroient aux jeux olympiques, où Ton disoit de ceux qui avoient gagné le devant qu'ils jetoient de la poudre aux yeux de ceux qui les suivoient, en élevant le menu sable et la poudre par le mouvement de leurs pieds. » Il y a simplement dans le latin : turbam olim retiqueras.

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que ce soit à ceux qui ont fait la nourriture des esprits, quand après les avoir formés en un ftge encore tendrCi ils les voient tout d'un coup élevés et parvenus? Je vous tiens pour mien : vous êtes ma créature. Aussitôt que j'eus reconnu ce que vous étiez, je ne faillis pas de mettre la main sur vous, de vous donner courage, et avec quelques coups d'éperon, vous faire aller plus vite que le train accoutumé. J'en fais de même encore à cette heure : mais je vous trouve déjà courant, et aussi capable de faire des remontrances que d'en recevoir.

II. Que me demandez- vous davantage? direz-vous. Certainement je vous avoue que vous êtes bien avancé, mais il n'est pas de l'instruction des esprits comme des autres ouvrages. Le bon commencement n'y fait pas la moitié de la besogne : c'est une grande partie de bonté, que d'avoir envie d'être bon, mais ce n'en est qu'une partie. Savez-vous qui j'appelle bon? Celui qui est si parfait et si accompli, qu'il ne peut devenir mauvais, quelque violence qu'on lui fasse, et quelque nécessité qui lui puisse arriver. Je ne doute point que vous ne le deveniez, pourvu que vous alliez toujours d'un même pas, et que vos effets répondent tellement à vos paroles, qu'ils semblent avoir été frappés en même coin. S'il y a de la discordance entre le faire et le dire, c'est signe d'un esprit qui n'est ni bien fait ni bien assis.

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